La destitution de Nawaz Sharif au Pakistan (dossier)

Etude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk

La destitution de Nawaz Sharif au Pakistan (dossier)

La Cour constitutionnelle pakistanaise (Cour suprême) comptant 5 membres a décidé le 28 juillet 2017 de destituer le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif. Ainsi le 18e Premier ministre n’a pas réussi à aller au bout de son mandat de 5 ans.

La famille Sharif est le propriétaire du deuxième plus grand holding du Pakistan.

Nawaz Sharif est né en 1949 à Lahore. Il a étudié dans les universités de Lahore et du Pendjab. Il a fait un master en droit. Il a occupé le poste de Premier ministre du 1er novembre au 18 juillet 1993, et du 17 février 1997 au 12 octobre 1999. Il a été élu Premier ministre pour la troisième fois le 05 juin 2013.

Il est réellement difficile de comprendre et d’évaluer la politique du Pakistan car elle possède une structure très complexe. Cette complexité provient de l’absence de structure politique locale que l’on peut remarquer dans les pays après la colonisation, de l’absence d’institutions politiques transparentes, et du rôle important que jouent la bureaucratie et l’armée qui porte ombrage fréquemment à la politique civile.  La caractéristique initiale de la politique pakistanaise, est que l’ordre bureaucratique constitué d’officiers haut-gradés, de bureaucrates de haut niveau, des élites commerciales, des membres de la juridiction et des religieux, est très influent.

Les Panama Papers ont donné l’occasion à l’ordre bureaucratique pakistanais de mettre le gouvernement au pied du mur. Les Panama Papers ont eu des répercussions à l’échelle mondiale. Parmi les personnes affectées par la diffusion de ces documents figurent 12 anciens et actuels chefs d’Etat comme le président argentin Mauricio Macri et le président ukrainien Pedro Porochenko, le beau-frère du chef d’Etat chinois Xi Jinping et le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif. La famille de Sharif est accusée de fraude fiscale et de conserver dans des comptes offshore ses biens acquis par la corruption. Au contraire des autres Etats, les Panama Papers ont réellement secoué le Pakistan.  

En contrepartie, le cadre du procès lancé par la Cour constitutionnelle fait également l’objet de débats. Sharif a été condamné à une interdiction de carrière politique selon l'article 62-1f de la Constitution. Cet article « disqualifie » la personne parce qu’elle n’est pas « honnête et digne de confiance ». En fait Sharif n’est pas directement lié aux Panama Papers, mais comme ils impliquent ses enfants, Sharif en a également été affectés. L’arrêt de la Cour prononce la « disqualification à vie » de Sharif, de ses trois enfants, de son gendre et du ministre des Finances Ishak Dar qui est également un membre de famille. Par ailleurs, la Cour a ordonné au Bureau national anti-corruption de lancer une enquête contre Nawaz et sa famille.

Des assertions selon lesquelles l’organisation Tahir ul-Qadri aurait eu effet sur l’arrêt de la Cour constitutionnelle, ont été publiées par la suite. Il existe d’intéressantes similitudes entre les organisations Tahir ul-Qadri au Pakistan et FETÖ au Pakistan. Tahir ul-Qadri se présente au Pakistan comme un cheikh. Il possède des écoles, une communauté avec ses fidèles, tout en restant une figure politique. Pendant des années, il a prêché dans les mosquées puis s’est installé au Canada. Par la suite, il a appelé ses partisans à passer à l’action contre le pouvoir. Il vit depuis des années au Canada en affirmant que sa vie est en danger au Pakistan. N’ayant aucun respect pour les urnes, ul-Qadri a appelé ses partisans à manifester en 2014. Les incidents ont même causé des morts. Adoptant la philosophie de dialogue interreligieux, ul-Qadri tente de répandre son influence via diverses ONG et reçoit le soutien des établissements internationaux. Les personnalités haut-placés dans la communauté d’ul-Qadri seraient réellement influentes dans les services juridiques et de sécurité au Pakistan.

Nous ne savons pas exactement si Tahir ul-Qadri est impliqué ou non dans les incidents au Pakistan. Toutefois, quoi qu’il en soit, la force et l’influence de la bureaucratie au Pakistan est un réel problème. Ce problème persistera car il trouve de quoi s’alimenter dans le système politique actuel. L’absence de transparence, d’une justice indépendance, d’un contrôle civil au sein de l’armée, d’institutions politiques résistantes, ainsi que l’écart croissant entre les classes sociales et l’absence d’une démocratie ancrée, rendent le Pakistan vulnérable face aux interventions.

Les relations de la Turquie avec le Pakistan se sont formées sur une base d’amitié et de fraternité depuis la fondation de l’Etat indépendant du Pakistan le 14 août 1947. En 2017, dans le cadre du 70e anniversaire de l’instauration des relations diplomatiques entre la Turquie et le Pakistan, diverses activités culturelles ont été organisées dans les deux pays. La résolution des problèmes systématiques du Pakistan porteront sans aucun doute les relations bilatérales à un niveau supérieur.

 


Mots-clés: Pakistan , Nawaz Sharif

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