Les phases de tests ont commencé pour le projet de voie ferroviaire Bakou-Tbilissi-Kars

Etude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk

Les phases de tests ont commencé pour le projet de voie ferroviaire Bakou-Tbilissi-Kars

Les phases de tests ont commencé pour le projet de voie ferroviaire Bakou-Tbilissi-Kars, un des plus importants projets eurasiens en matière de transports.

Le ministre turc des Transports Ahmet Arslan a voyagé de Kars à la Géorgie avec les autorités azerbaïdjanaises, géorgiennes et kazakhes en utilisant la voie ferroviaire Bakou-Tbilissi-Kars (BTK). C’était le premier transport de voyageurs sur cette voie. Le premier voyage international sur la ligne BTK est prévu pour septembre.

De nos jours, les biens, les services, les capitaux et les individus circulent plus librement dans le monde. Par conséquent, développer des réseaux de transports internationaux efficaces et diversifiés est une obligation pour répondre au besoin croissant du commerce mondial. La concurrence en hausse dans les marchés internationaux nécessite le transport des produits en temps voulu et à un prix rentable vers les marchés mondiaux. De ce fait, le secteur des transports couvre une part aussi importante que le secteur de la production dans les économies actuelles.

La longueur totale de la ligne BTK est de 838,6km (503km de Bakou-Azerbaïdjan jusqu’à la frontière géorgienne, 230km de la frontière Azerbaïdjan/Géorgie à Akhalkalaki, 29km d’Akhalkalaki à la frontière Turquie/Géorgie, et 76,6km de la frontière Turquie/Géorgie à Kars)

Partant de la capitale azerbaïdjanaise Bakou, la ligne conduit à la capitale géorgienne Tbilissi, puis se prolonge du sud de Tbilissi jusqu’à l’ouest à Akhalkalaki. D’ici, la ligne descend au sud à la ville turque de Kars. Elle sera surtout utilisée pour les transports entre l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, mais constituera également une alternative importante pour les transports entre le Kazakhstan, le Turkménistan et la Turquie. Il est fort probable que les trains effectuant la liaison entre la Chine et la Turquie utilisent cette voie.

Une fois mise en service, 1 million de voyageurs et 6,5 millions de tonnes de marchandises devraient être transportés sur cette voie. En 2034, sa capacité devrait être de 3 millions de voyageurs et 17 millions de tonnes de marchandises. Par ces chiffres, nous pouvons entrevoir que la voie BTK animera fortement les secteurs de l’emploi et du commerce.

Ce projet, le troisième en son genre après les projets Bakou-Tbilissi-Ceyhan et Bakou-Tbilissi-Erzurum, renforcera l’amitié historique de ces pays et apportera la paix et la prospérité au peuple de la région. Avec la construction des projets BTK, Marmaray et autres, une grande partie de la marchandise qui sera acheminée de l’Asie vers l’Europe et vice-versa, restera en Turquie. Ainsi, à long terme, la Turquie obtiendra un revenu de milliards de dollars à partir de ces transports.

Un des objectifs du projet BTK est de constituer un nouveau couloir énergétique dans la région. Par ce biais, les produits azerbaïdjanais en matière de pétrochimie pourront être acheminés dans le monde entier. En outre, la circulation actuelle entre la Turquie et les pays d’Asie centrale glissera en grande partie vers cette ligne. De même, il est fort possible que cette voie soit utilisée pour le transport effectué normalement par la voie routière du fait que la ligne ferroviaire passant par l’Iran ne soit pas suffisante et qu’il y ait de longues attentes dans les régions du lac Van et de Saraks. 

La ligne BTK va renforcer également les relations économiques entre l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie. Comme la ligne Kars-Gumri-Tbilissi qui passe par l’Arménie mais qui est actuellement close, deviendra totalement inutile, l’Arménie sera encore plus isolée. L’Azerbaïdjan aura dorénavant son mot à dire dans la circulation entre la Turquie et les pays d’Asie centrale. Les lignes passant par le Kazakhstan vont augmenter. Quant à l’Iran qui souhaite renforcer ses liaisons ferroviaires avec ses voisins, il notera des pertes dans la circulation entre la Turquie et les pays d’Asie centrale.

BTK n’est pas simplement un projet de voie ferroviaire, c’est également un projet qui vise à ranimer la route historique de la Soie et à renforcer les relations économiques, sociales et culturelles entre pays de la région. BTK permettra d’assurer le transport régulier de biens et de personnes entre l’Europe d’une part et l’Asie centrale et l’extrême orient de l’autre, via la Turquie, la Géorgie et l’Azerbaïdjan. Par conséquent, le modèle de transports sécurisés et économiques occasionnés par le transport ferroviaire assurera une hausse du volume commercial et un enrichissement des pays eurasiens.

L’Azerbaïdjan tirera le plus grand profit de ce projet. L’Azerbaïdjan, exportateur pétrolier, et la Turquie, importateur pétrolier, seront liés par la voie ferroviaire. Par ailleurs, l’Azerbaïdjan sera lié à l’Europe et aux autres régions par le biais des ports et lignes ferroviaires turcs.

La Turquie œuvre pour accroitre son potentiel de coopération avec les pays de la région en prenant force aussi bien de sa position géostratégique que de ses liens profonds historiques et culturels avec les pays eurasiens. La multiplication des projets de coopération n’est pas important uniquement du point de vue de la coopération régionale eurasienne mais aussi pour sa meilleure intégration à la communauté internationale. Ce type de projets soutenant le développement économique de la région renforcera les liens entre peuples de la région et continuera d’instaurer des bases solides à la prospérité et à la stabilité régionales.



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