La visite du président Erdogan en Chine et les relations turco-chinoises (étude)

Une étude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l'université Ataturk.

La visite du président Erdogan en Chine et les relations turco-chinoises (étude)

Le président Recep Tayip Erdogan a réalisé une visite en République populaire de Chine quelques temps auparavant en vue de participer au Forum de la ceinture et de la route pour la coopération internationale, et de s’entretenir avec le chef d’Etat chinois Xi Jinping. Les relations diplomatiques entre les deux pays ont été fondées en 1971. La coopération quant à elle, a pris de l’essor à compter des années 1980. Les relations se développent grâce aux visites mutuelles de haut niveau réalisées ces derniers temps.

Jusqu’en 2002, la Turquie se tournait uniquement vers l’Europe pour le commerce extérieur et les investissements étrangers. Après 2002, la Turquie a eu besoin d’ouvrir de nouveaux marchés en raison de sa politique extérieure proactive. Tenant compte de cette situation, le président Erdogan a accordé plus d’importance à l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine. Nous pouvons évaluer la visite en Chine dans ce sens.

En 2010, la Turquie et la Chine ont signé un accord de coopération stratégique. Toutefois, nous ne pouvons pas dire que les relations ont pris une tournure stratégique. Le développement des relations économiques turco-chinoises ont eu des effets positifs sur l’économie turque. Cependant le déficit en commerce extérieur de la Turquie vis-à-vis de la Chine s’approfondit chaque année encore plus. En 2016, la Turquie a réalisé 25,4 milliards de dollars d’importation depuis la Chine et 2,4 milliards de dollars d’exportation vers ce pays. Cette situation ne peut durer. Pour le renforcement et la durabilité des relations économiques turco-chinoises, il faut que les investissements directs de la Chine augmentent en Turquie. C’est dans ce sens que lors de la visite du président Erdogan, les firmes turques et chinoises ont signé des accords visant à développer conjointement leur technologie.

Actuellement, il existe toujours des problèmes dans l’obtention de visa chinois auxquels sont confrontés les hommes d’affaires et étudiants turcs ainsi que des mauvais traitements découlant des mesures de sécurité de la Chine. Le nombre d’Institut chinois Confucius s’est élevé à 5 depuis 2008 jusqu’en 2016. Toutefois, l’équivalent turc de ces instituts, soit l’Institut turc Yunus Emre, n’a toujours pas pu entamer ses activités en Chine. Les facilités présentées par la Turquie aux Instituts Confucius n’ont pas été apportées à l’Institut Yunus Emre en Chine.

La Chine se joint aux démarches des médias occidentaux visant à forcer la Turquie à changer de politique en utilisant Daesh. La Chine perçoit la question syrienne de par la question des Turcs ouïghours. Elle accuse la Turquie en insinuant que cette dernière soutient les combattants ouïghours en Syrie. La Chine perçoit les Turcs ouïghours comme une question interne et critique sérieusement l’intervention des autres pays à ce sujet. Or, la Chine se contredit ouvertement en accusant de par les Turcs ouïghours, la Turquie qui tente de trouver une solution au drame humanitaire et moral vécu en Syrie, soit un pays situé à des milliers de kilomètres de ses frontières.

Les violations des droits des Turcs ouïghours en Chine, ont été portées à l’actualité par les ONG.  Les politiques et déclarations politiques de la Chine, datant de la période de la Guerre froide, notamment celles sur la liberté d’expression, continuent d’être des notions de pression sur les Turcs  ouïghours. Les Turcs ouïghours sont réellement restreints dans le domaine des libertés religieuses, l’usage de la langue maternelle et l’activisme politique. Les déclarations officielles du gouvernement chinois concernant la prospérité et la vie commune ne trouvent pas leur place en pratique.

Les relations turco-chinoises ont repris un cours positif en 2016, spécialement après le 15 juillet. Un mécanisme de consultation a été fondé pour la première fois entre la Turquie et la Chine au niveau des ministres. Pour la Turquie, la Chine est un acteur important non pas seulement du point de vue des relations bilatérales mais aussi des relations régionales et mondiales. D’ailleurs, le président Erdogan a donné un message clair à Pékin. Il a déclaré que « la Turquie avait ouvert une nouvelle page avec la Chine ».

La Chine est la deuxième plus grande économie du monde avec un PIB de 11 trillions de dollars. Actuellement les investissements directs de la Chine en Turquie sont de l’ordre de 600 millions de dollars. Les parties sont d’accord sur le fait que c’est un niveau trop bas. La Turquie vise dorénavant à diminuer sa dépendance technologique étrangère en développant des projets conjoints avec la Chine (sans perdre ses avantages en concurrence et sans former de nouvelles dépendances). Les relations turco-chinoises continuent de se développer malgré les crises existantes. Toutefois elles ne sont pas une alternative aux relations avec l’occident, mais plutôt des relations complémentaires.



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