Après l’Allemagne, ce sont les Pays-Bas qui ont agi contrairement aux règles diplomatiques

Analyse de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk

Après l’Allemagne, ce sont les Pays-Bas qui ont agi contrairement aux règles diplomatiques

          Après l’Allemagne, les Pays-Bas ont agi contrairement aux règles diplomatiques et créé des problèmes concernant l’entrée de deux ministres turcs sur le territoire néerlandais. La tournure qu’a prise la crise vécue avec l’Allemagne puis les Pays-Bas risque de provoquer de graves conséquences dans les relations turco-européennes.

          D’abord l’Allemagne, puis les Pays-Bas ont causé des ennuis concernant l’entrée sur le territoire néerlandais de deux ministres turcs, sans prendre en compte les règles diplomatiques et les pratiques des relations internationales. L’expulsion de la ministre turque de la Famille et des Politiques sociales, Fatma Betul Sayan Kaya, arrivée aux Pays-Bas avec un passeport diplomatique, signifie la rupture d’une tradition séculaire de l’histoire de la diplomatie. L’annulation de l’autorisation d’atterrissage du vol du chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, et l’expulsion des Pays-Bas de Fatma Betul Sayan Kaya sont incompatibles avec la tradition diplomatique. C’est en réalité, un gros scandale de droit international.

          Nous ne pouvons plus considérer ces événements comme étant une entrave à la visite de ces ministres turcs dans les pays concernés en vue de s’adresser aux Turcs. Cette entrave a des raisons bien plus complexes. La montée de la turcophobie présente dans l’atmosphère électorale qui règne, ces temps-ci, dans ces pays, est une des principales raisons de cette volonté d’affaiblir la Turquie.

          Il y a une réaction anti-turque au sein de l’Union européenne depuis longtemps. Les Etats européens suivent avec préoccupation les efforts de la Turquie en vue de mener une politique indépendante dans le sens de ses intérêts nationaux. Il est difficile de comprendre leur préoccupation. En tant que membre de l’Otan depuis 65 ans, la Turquie a fortement contribué à la sécurité de l’Europe. Elle tente depuis plus d’un demi-siècle de rejoindre l’Union européenne. Pourtant, ils ne veulent pas d’une Turquie puissante au sein de l’UE, ce qui est très surprenant. Pourtant, une Turquie puissante membre de l’Union permettrait de renforcer cette dernière. A ce stade, la question suivante se pose : « Est-ce que les pourparlers d’adhésion qui durent depuis des années entre la Turquie et l’UE sans pour autant aboutir, sont une tactique pour lanterner la Turquie ? » Il semble que ce soit bien le cas.

          Dans les deux derniers cas, l’attitude de l’Allemagne et surtout celle des Pays-Bas, rappellent celles de pays littéralement ennemis au lieu d’alliés. La dégradation à ce stade d’une amitié de 500 ans avec un pays comme les Pays-Bas, est malheureuse.

          Les relations économiques turco-néerlandaises fonctionnent favorablement, à l’intérêt des deux pays. L’exportation de la Turquie avec les Pays-Bas a atteint un seuil de 3,6 milliards de dollars en 2016. Toujours en 2016, les Pays-Bas étaient dans le top 10 des marchés d’exportation de la Turquie. L’exportation des Pays-Bas vers la Turquie a atteint les 3 milliards de dollars en 2016. Dans le tourisme, 718.000 Néerlandais ont visité la Turquie en 2016 et 88.000 touristes turcs se sont rendus aux Pays-Bas. Les relations entre les deux pays sont également étroites sur le plan des investissements étrangers directs. Les investissements en provenance des Pays-Bas étaient les premiers du portefeuille de la Turquie, avec une part de 15.8%. Les investissements directs des citoyens turcs sont également le marché le plus important des Pays-Bas. En 2015, les investissements ont atteint 11,3 milliards de dollars, soit 37% des investissements réalisés à l’étranger par la Turquie. Les Pays-Bas ont une place importante dans le commerce extérieur de la Turquie. Les Pays-Bas sont un des plus grands partenaires commerciaux de la Turquie. Les relations économiques sont éminentes de par le nombre importants d’investisseurs turcs et de citoyens turcs vivant ou travaillant aux Pays-Bas. En ces jours dominés par une atmosphère tendue, le bon fonctionnement de la diplomatie économique est important pour les deux pays.

          Les politiciens centristes qui défendent l’Union européenne n’arrivent pas à trouver de solution face à l’hostilité turco-islamique et à la montée des partis eurosceptiques. Nous avons observé en Allemagne et aux Pays-Bas qu’ils ont trouvés comme solution de se joindre aux discours des partis turcophobes et islamophobes. Cette attitude et ces événements éloignent un peu plus la Turquie et l’Europe. En Turquie, le peuple et les dirigeants ne se soucient plus autant qu’avant à l’objectif d’adhésion à l’UE.

            Les politiciens logiques/rationnels néerlandais et européens doivent rapidement passer à l’action pour sauver la politique européenne à l’égard de la Turquie, de l’hypothèque des partis hostiles à la Turquie et à l’islam, faute de quoi les relations turco-européennes ne cesseront de se détériorer. Il sera alors encore plus difficile de réparer les relations.



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