Le projet de gazoduc TurkStream

Etude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk...

Le projet de gazoduc TurkStream

          L’accord turco-russe relatif au projet du gazoduc TurkStream a été signé par le président russe Vladimir Poutine un mois après son approbation par la Turquie. Cette semaine nous allons analyser le projet TurkStream et son influence dans la région.

          Le chef d’Etat russe Vladimir Poutine a approuvé l’accord relatif au gazoduc TurkStream. L’accord avait été approuvé par la Grande Assemblée Nationale de Turquie le 2 décembre 2016. L’accord a été approuvé par la chambre basse du parlement russe, la Douma, le 2 janvier 2017, et par le Conseil de la Fédération de Russie le 1er février 2017. Le consensus relatif au projet du gazoduc TurkStream avait été signé entre la Turquie et la Russie le 10 octobre 2016.

          Le passage maritime du projet débutera dans la ville d’Anapa sur les terres russes et s’achèvera à Kiyikoy dans la région de la Thrace en Turquie. Avec le projet TurkStream la Turquie s’approvisionnera en gaz naturel à moins cher. Car avec ce projet, le gaz naturel viendra directement en Turquie sans aucun pays transit.  La Turquie achète 14 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an via la ligne Ukraine, Moldavie, Roumanie, Bulgarie. Avec ce projet, elle l’achètera directement de la Russie via la mer Noire. Cette situation assurera du gaz naturel moins cher à la Turquie qui ne paiera pas de frais de passage. Par conséquent, à l’avenir la Turquie ne sera pas affectée en cas de probable crise entre la Russie et l’Ukraine ou entre la Russie, la Roumanie et la Bulgarie. Selon les prévisions, la capacité d’acheminement de gaz naturel du gazoduc TurkStream est de 63 milliards de mètres cubes par an. La Turquie devrait acheter 14 milliards de mètres cubes du gaz acheminé par TurkStream. Quant 49 milliards de mètres cubes restant, ils devraient être acheminés à l’Europe via la Grèce depuis la Turquie.

          Les politiques de deux poids deux mesures adoptées actuellement par l’Occident, poussent la Turquie et la Russie à coopérer entre elles. Par conséquent, la conjoncture internationale et régionale forme un milieu conforme pour le projet TurkStream. Le projet TurkStream assurera la sécurité de l’offre de gaz naturel mais la contribution du projet à la diversité de l’offre en énergie, est restreinte. La dépendance de la Turquie en importation d’énergie est de l’ordre des 72 %. Quant au taux de dépendance de la Turquie à la Russie en matière de gaz naturel, il est de l’ordre des 29 % sans le secteur privé et de 42 % avec le secteur privé.

          Le projet TurkStream contribuera aux objectifs de la Turquie qui vise à devenir un centre/hub énergétique et jouer un rôle international dans la sécurité de l’offre en matière d’énergie international. Avec le projet TurkStream la Turquie n’achètera pas de gaz naturel supplémentaire à la Russie. Elle ne fera que changer le réseau par lequel elle achète le gaz naturel. Le fait que le gaz naturel qui sera acheminé à l’Europe passe par la Turquie, contribuera à la stratégie de la Turquie qui souhaite devenir un centre énergétique. Le fait que le gaz naturel russe soit relié à l’Europe via la Turquie et avec le nom TurkStream, stabilisera les relations turco-russes. Suite à cela, nous pouvons nous attendre à ce qu’une nouvelle période commence dans les relations Turquie-Union européenne via l’énergie.

          Le projet TurkStream est le résultat de la confiance de la Russie envers la Turquie. TurkStream est important du point de vue de la constitution d’une nouvelle trajectoire dans le transfert d’énergie et de son effet positif dans les relations entre les deux pays. Par ailleurs, le fait que la centrale nucléaire Akkuyu qui sera la première centrale nucléaire de la Turquie, sera construite par une entreprise énergétique appartenant à la Russie, apporte une nouvelle dimension dans les relations bilatérales.

          La Turquie qui figure ces dernières années dans des projets énergétiques importants à l’échelle internationale, réalise avec le projet TurkStream, une étape importante en vue de devenir un hub énergétique. Avec les projets TurkStream, TANAP (projet de gazoduc Trans Anatolien) mais également TAP (Projet de gazoduc Trans Adriatique), la Turquie endossera un rôle intermédiaire au sujet de la distribution d’énergie. Par conséquent, elle atteindra un point stratégique dans la carte de l’énergie internationale. Nous connaissons l’importance de l’énergie dans la politique internationale et les marchés économiques mondiaux. Ces démarches entreprises par la Turquie en vue de devenir un hub énergétique, peuvent jouer un rôle clé dans le processus de la transformation de la Turquie en un acteur régional et international.

          Nous ne pouvons pas commenter les efforts pour devenir une base énergétique  de la Turquie qui vise à devenir un acteur international, uniquement dans la perspective des acquis économiques. Cette situation signifie également le renforcement de la main de la Turquie du point de vue politique. Bien entendu, tous cela n’est pas suffisant. Du point de vue de sa position géographique et de sa capacité, la Turquie est le pays pouvant devenir le hub commercial d’énergie qui pourra assurer le plus grand avantage. Toutefois, la Turquie a besoin de plus de diversité d’offre et de sources que sa propre demande pour atteindre son plus grand objectif qui est de devenir un hub énergétique.

          La Turquie s’approvisionne en gaz naturel russe via les gazoducs Blue Stream et Trans Balkanique. Avec le gazoduc TurkStream, la Turquie diversifie la trajectoire de son approvisionnement et non sa source. La Turquie devrait suivre à l’avenir des politiques plus actives concernant les lieux de passages des réseaux énergétiques. Dans ce contexte, elle ne doit pas être uniquement un pont. En conclusion, TurkStream sera l’une des démarches les plus importantes de la Turquie dans la voie du renforcement de sa stratégie nationale en matière d’énergie.



SUR LE MEME SUJET