Les activités de diplomatie publique de la Turquie et des Etats-Unis au Turkestan (analyse)

Une analyse de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk

Les activités de diplomatie publique de la Turquie et des Etats-Unis au Turkestan (analyse)

La diplomatie publique est entrée parmi les termes importants dans les relations internationales en particulier à partir des années 2000, et est devenue un important outil de politique extérieure. Dans notre programme de cette semaine, nous allons comparer les activités diplomatiques de la Turquie et des Etats-Unis au Turkestan.

          L’objectif principal des Etats-Unis dans la région est de briser l’influence culturelle de la Russie et le renforcement de l’indépendance des pays de la région. Il y a environ 143 Organisations non-gouvernementales américaines au Kirghizistan, 81 au Tadjikistan, 76 au Kazakhstan, 29 au Turkménistan et 21 en Ouzbékistan. La plupart de ces ONGs sont les branches des organisations non-gouvernementales telles que l’Observatoire des droits de l’Homme (Human Rights Watch), la fondation Soros (Soros Foundation), le Comité de protection des journalistes (The Committee to Protect Journalists). Ces organisations ont en partie perdu leur influence après que la Russie ait commencé à hausser de nouveau son influence dans la région et que les pays de la région aient commencé à adopter une approche plus prudente face aux ONGs après leur expérience au sujet des ‘Révolutions aux différentes couleurs.

          La politique générale de la Turquie dans la région, consiste à assurer l’existence de pays indépendants, politiquement et économiquement stables, agissant en collaboration avec ses voisins, intégrés à la communauté internationale et adoptant les valeurs démocratiques. Avec cette politique, la Turquie est devenue un pays important dans la région. Les activités diplomatiques publiques de la Turquie dans la région, s’intensifient sur la culture, la formation, les médias et les aides dans le domaine du développement. L’une des premières démarches réalisées dans ce contexte, a été la protection de l’héritage culturel artistique, linguistique et historique turcs, et la formation en 1993 de l’Association culturelle turque TURKSOY pour la présentation de ces valeurs au monde entier et leur transmission aux jeunes générations. La Turquie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan sont membres de TURKSOY. La République turque de Chypre du Nord et 6 Républiques autonomes de la Fédération de Russie ainsi que la République autonome de Gagaouzie liée à la Moldavie, sont des membres de TURKSOY avec le statut de pays observateurs.

L’organisation américaine Central Asia American Enterprise Fund – CAAEF (Fonds d’entreprises d’Asie centrale et d’Amérique), qui vise à étendre l’économie libérale et à développer les initiatives particulières, est une organisation soutenue par la Bank of America. Actuellement, la fondation scolaire Amérique-Asie Centrale est une association en activité sous le nom de U.S.–Central Asia Education Foundation, et effectue des démarches dans les activités de fondation, d’expansion d’exploitation et d’installation dans les économies de marché ouvert.

          La Turquie qui accorde de l’importance aux activités scolaires spéciales dans ses relations avec la région, a accueilli des centaines d’étudiants des Républiques Turques dans le cadre du ‘Grand projet étudiant’ lancé en 1992. Actuellement, un programme de bourses beaucoup plus large nommé ‘Bourses de Turquie, est dirigé par la Direction des Turcs de l’étranger et des communautés apparentées. Des dizaines de nouveaux étudiants sont admis dans les universités turques chaque année dans le cadre du ‘Programme de bourse aux pays turcophones’ qui  se trouve au sein de ce programme. Par ailleurs, l’Institut Yunus Emre qui est devenu l’un des outils diplomatiques importants de la Turquie dans les travaux dirigés en vue de répandre le Turc, réalise des activités dans les régions autour d’Astana et Bakou. Il y a un établissement scolaire au Kazakhstan et 1 en Ouzbékistan, 4 au Kirghizistan et 4 au Turkménistan, tous ces établissements scolaires sont liés au ministère turc de l’Education.

          L’Université Manas Kirghizistan-Turquie est en activité à Bichkek depuis l’année scolaire 1997-1998. Selon les données de l’année scolaire 2014-2015, 4891 étudiants poursuivent leur éducation dans 9 facultés, 4 écoles supérieures et une école de formation professionnelle, et 243 étudiants suivent une formation en master et doctorat dans 2 instituts. L’Université Ahmet Yesevi qui est connue pour être la première université publique conjointe du monde turc, poursuit ses activités de formation-éducation et de recherches dans son campus au Kazakhstan. L’Université qui compte 880 académiciens, possède une faculté d’économie, d’histoire et de formation, de turcologie et de langue étrangère, de droit, sciences, et de sport, ainsi que d’informatique et d’ingénierie.

          L’Université américaine d’Asie Centrale (American University of Central Asia, AUCA), est l’un des plus importants établissements américains de la région. Près de 500 étudiants par année sont admis en première année dans cet établissement qui vise à former les prochains leaders de la région et qui compte actuellement en son sein des étudiants de 15 pays. Un autre établissement américain, est l’Université américano-kazakhe (KAU) fondée à Almaty en 1997.

          L’Agence turque de coopération et de développement (TIKA), dirige des projets compréhensifs dans le domaine de l’éducation, de la santé, du tourisme, forestier, agricole et de l’élevage au Kazakhstan, au Kirghizistan, en Ouzbékistan et au Turkménistan.                                                

          La Radio Libre Europe (Radio Free Europe/Radio Liberty, RFE/RL), qui a été fondée comme l’un des plus importants outils de propagande des Etats-Unis durant la Guerre froide, réalise des activités intensives en Asie centrale comme elle le fait dans toute la géographie post-soviétique. 

          La chaine de télévision TRT Avaz qui poursuit ses émissions depuis le 21 mars 2009 et qui vise à être la voix commune du monde turc, est l’un des plus importants investissements de la Turquie dans la région. Des émissions en kazakhe, kirghize, ouzbèke et en turkmène mais également en langue turque azerbaïdjanaise et bosniaque sont diffusées sur la chaine. D’autre part, les émissions radio et internet en différentes langues et dialectes (azerbaïdjanais, kazakhe, kirghize, turkmène, ouzbèke, tatare et ouïghour) diffusées via la Radio la Voix de la Turquie par la direction des émissions vers l’étrangers de la TRT, est également un important outil de diplomatie publique dans ce domaine.

          En conclusion, lorsque nous analysons les expériences des Etats-Unis et de la République de Turquie, nous constatons que les Etats-Unis dirigent des activités de diplomatie publique dans la région avec les ONGs dirigées via le cerveau étatique. Nous savons que les acteurs tels que la Chine et la Russie dirigent des travaux directement via des outils étatiques dans la région. Quant à la Turquie, elle fait des efforts afin de former un modèle brillant et propre à elle-même via ses expériences.



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