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Les faibles sur terre: les migrants

Etude du Prof. Dr. Kudret Bulbul, doyen de la Faculté des Sciences politiques de l’université Yildirim Beyazit d’Ankara.

Les faibles sur terre: les migrants

Les faibles sur terre: les migrants

Le 22 juin est considéré comme « la Journée internationale des migrants ». C’est un jour dédié aux migrants, ces gens impuissants avec qui tous les humains partagent le même monde mais dont ils négligent généralement les problèmes ou ils discutent seulement  de ces derniers même s’ils les remarquent.

Il y a aujourd’hui 65 à 70 millions de migrants. Selon ce chiffre, les migrants constituent le 20e pays le plus grand du monde. Il y a aussi 400 millions de déplacés. La grandeur des chiffres est évidente. Les chiffres sont suffisamment nets, tristes et lourds pour montrer l’indifférence aux personnes scrupuleuses. Toutefois, la froideur des chiffres fait très souvent ombrage sur les souffrances, les larmes, les morts, les oppressions et les exils.

Souvent, On ne se souvient pas que derrière les chiffres exprimés par dizaines de millions, se cachent des drames que vivent chaque bébé, chaque enfant, chaque femme et chaque personne âgée. Pourtant chaque migration et chaque départ est une scission, un épuisement, une destruction et un sanglot. Qui voudrait quitter sans raison, les terres de ses ancêtres, de sa mère, de son père et laisser les acquis de plusieurs siècles pour aller vers l’insécurité et l’incertitude ? Chaque migration est une décision ultime des plus difficiles que l’on prend après avoir épuisé tout ce qui appartient au passé ainsi que les espoirs pour le futur.

Les pays d’origine des migrants sont principalement la Syrie, l’Afghanistan, le Soudan du Sud et la Somalie. Ce qui est encore plus triste, c’est que la Syrie qui était l’un des plus grands pays d’accueil pour les migrants en 2010, soit devenue aujourd’hui l’un des principaux pays de départ des migrants. C’est une situation à titre de leçon pour ceux qui pensent qu’ils ne deviendront jamais des migrants dans leur pays de résidence et qui font tout pour empêcher que les migrants ne viennent dans leur pays. Pour ceux qui veulent le voir, l’histoire mondiale est remplie d’événements semblables qui donnent des leçons. Il n’existe presque pas de communautés dans le monde qui ne soit pas devenue des migrants à une certaine période de l’histoire et qui n’eut pas été obligée de migrer.

Les principaux pays d’origine des migrants sont des pays qui sont confrontés d’une manière ou d’une autre à une intervention occidentale. Ce sont des pays devenus des champs d’affrontement de stratégies globales. Les migrants sont les principales victimes des combats entre les forces globales. Certes, l’unique raison du problème migratoire n’est pas l’affrontement des stratégies globales. Il faut aussi parler des problèmes à l’intérieur de ces pays, des problèmes politiques, des mauvaises administrations, des raisons économiques, de la sécheresse, de la famine et bien d’autres questions. Il y a également une migration climatique due au réchauffement climatique.  

Il faut de grands efforts pour affronter les grandes vagues migratoires. Mais de petits dévouements peuvent parfois suffire à arriver à une solution. Un puits d’eau sondé dans un petit village d’Afrique ne demande pas un grand budget mais cela peut prévenir la migration d’un village entier. Ce type d’effort ne peut, peut-être pas, résoudre définitivement le problème mais suffit à exposer l’intention. Comme la fourmi qui transporte de l’eau pour éteindre les flammes dans lesquelles était jeté Abraham. Ces petits dévouements peuvent toutefois sauver des vies, peut-être pas pour nous mais pour ceux qui en profitent. Comme la réponse de l’homme qui rejetait dans la mer, dans la mesure du possible, les étoiles de mer parmi les milliers d’autres qui avaient échoué sur les côtes : « Oui mon geste pourrait vous paraitre insensé étant donné que je ne pourrais pas tous les sauver. Mais chaque étoile de mer que je jette dans la mer regagne sa vie grâce à mon geste ». Ce qui donne de la vertu à un homme, ce n’est pas le poste qu’il occupe ou la richesse qu’il possède mais sa sensibilité à l’égard d’autrui. 

Allons-nous continuer de nous contenter d’identifier la souffrance des migrants, de nous faire de la peine sans agir et faire des analyses froides ? Allons-nous n’attribuer aucune responsabilité à ceux qui sont à la cause de cette souffrance ? Bien sûr que non. Nous allons critiquer de toute notre force les mauvaises administrations qui n’ont laissé aucun espoir dans leur pays et qui ont volé le passé et tous les espoirs pour l’avenir. Nous devons aussi exprimer les objectifs des impérialistes qui s’imposent comme des cauchemars sur l’impuissance des gens ou des pays et qui bâtissent leurs stratégies globales sur les souffrances par une indifférence inhumaine. D’autre part, nous devons saluer à chaque occasion les pays qui adoptent une politique internationale axée sur l’homme, les principes et les valeurs et non pas sur les intérêts. Le fardeau que portent à eux seuls la Turquie, le Liban et la Jordanie au sujet des migrants syriens alors qu’ils ne sont pas les pays les plus riches du monde, est incomparablement plus grand que celui du reste du monde. Le nombre de migrants accueillis par seulement une ville turque, à savoir Kilis, est beaucoup plus élevé que dans bon nombre de pays occidentaux. On parle aujourd’hui de plus de 300 mille nouveau-nés en Turquie depuis le début de la crise. De plus, ces pays ne font strictement pas partie de la crise en Syrie.

D’autre part les acteurs mondiaux sont beaucoup plus impliqués dans la question syrienne. Leur intérêt à la Syrie se manifeste particulièrement sous forme de plus de dépenses militaires en vertu de leurs intérêts, de vente d’arme et d’impasse. La communauté internationale doit obliger ces acteurs mondiaux à partager la facture pour un dédommagement. C’est ce qu’implique d’ailleurs toute approche de principe qu’elle soit humanitaire, morale, scrupuleuse, universelle, religieuse, idéologique ou autre. Il faut davantage de sensibilisation pour une solution. Ceci est donc plus un devoir de la société civile que des acteurs globaux qui font partie du problème. Alors que les stratégies globales sont l’une des principales raisons de la situation dans laquelle se trouvent les migrants, les ONG en quête de solution sont plutôt locales ou régionales. Les ONG doivent davantage viser des collaborations globales pour une sensibilisation globale. Elles doivent informer davantage la communauté internationale par des rapports et analyses. En effet ce devoir n’est pas seulement celui des ONG mais de chacun de nous. N’oublions pas que chaque problème/drame à la résolution duquel nous n’aurons aucune contribution, ne fera pas de nous seulement des personnes sans principe/sans vertu. Chaque drame non-résolu pourrait obliger l’humanité à payer plus de prix !



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