Est-ce la sécurité d'Israël ou son expansionnisme?

Etude du Prof. Dr. Kudret Bulbul, doyen de la Faculté des Sciences politiques de l’université Yildirim Beyazit d’Ankara.

Est-ce la sécurité d'Israël ou son expansionnisme?

Est-ce la sécurité d'Israël ou son expansionnisme?

La terminologie détermine également le contenu. Les termes que vous employez indiquent votre perception de la question, votre position face à cette question et les problèmes et solutions que vous proposez face à cette dernière.

Donnons un exemple pour mieux comprendre : Si vous préférez employer le terme ‘Islam modéré’ alors ce sera l’Islam qui deviendra un problème en lui-même. Lorsque vous évoquez ce sujet ainsi, vous insinuez qu’il existe également un ‘islam radical, dur, djihadiste ou fanatique, mais que vous, vous optez pour l’approche selon laquelle ‘le meilleur islam est celui qui est modéré’. Comme je l’ai déjà évoqué lors de nos précédents programmes, si vous préférez employer le terme ‘l’Occident modéré’ vous aurez attiré l’attention sur le fait qu’en réalité l’Occident a causé beaucoup de dégâts pour l’humanité mais que lorsqu’il est modéré il pourrait avoir des contributions pour l’humanité, c’est pourquoi vous aurez mis l’accent sur le besoin d’un Occident modéré. Il manque deux choses qui attirent l’attention dans les analyses concernant le Moyen Orient et en particulier la crise syrienne. La première, est que des analyses sont parfois faites comme s’il n’y avait pas un pays tel qu’Israël au Moyen Orient. Comme c’est le cas pour la crise syrienne, Israël est négligé comme si ce pays n’était pas concerné par les crises qui sévissent au Moyen Orient. Alors que depuis la création d’Israël, les peuples du Moyen Orient vivent peut être la période la plus troublante de leur histoire. L’influence d’Israël est également parfois oubliée ou fait en sorte d’être oubliée dans la crise syrienne. Il faut accepter que la politique silencieuse et profonde d’Israël à laquelle les peuples du Moyen Orient ne sont pas très habitués, a une grande influence dans la formation de cette situation. Nous pouvons citer les noms d’un grand nombre de pays si l’on posait la question à savoir combien y’a-t-il de pays perdants dans la crise syrienne depuis qu’elle a commencée. Mais c’est peut être Israël qui est le pays à avoir obtenu le plus grand profit de cette crise. Car presque tous les pays considérés comme menace pour Israël, ont perdu de l’emprise avec l’apparition de cette crise. La Syrie mais également l’Iran, la Turquie et les pays arabes ont été sérieusement affectés par cette crise. Certains pays du Golfe qui se tenaient aux côtés des Palestiniens dans leur juste cause, ont pour autant dire actuellement l’apparence de former un bloc avec Israël.

D’un autre côté, les violations des droits de l’Homme et les politiques expansionnistes d’Israël, contre lesquelles s’opposent la communauté internationale, les défenseurs des droits de l’Homme et la conscience mondiale, attirent moins de réactions car toute l’attention est focalisée en Syrie.

La deuxième chose qui manque dans les analyses, est l’approche qui ne néglige pas Israël en général au Moyen Orient et en particulier dans la crise syrienne, mais qui traite la question dans le cadre de la sécurité d’Israël. Presque tous les analystes occidentaux et certains analystes originaires du Moyen Orient, donnent place au terme ‘sécurité d’Israël’ dans leur analyse. Lorsque nous regardons la question dans la perspective de la sécurité d’Israël, les dizaines d’erreurs commises au Moyen Orient légitiment pour autant dire toutes les atrocités d’Israël commises jusqu’à présent et qui continuent de l’être. Car si la question est celle de la sécurité, chaque pays est naturellement contraint de prendre les mesures nécessaires contre les menaces dirigées contre lui. Ici, un pays peut être le plus critiqué pour se comporter démesurément et pour violer les droits de l’Homme et les libertés fondamentales lorsqu’il prend ces mesures.

Alors que le problème qui perdure depuis un demi-siècle au Moyen Orient n’est pas la sécurité d’Israël mais sa politique expansionniste. La carte qui montre comment Israël a élargi ses terres de 1947 jusqu’à nos jours et qui est régulièrement partagée dans les médias, met très clairement en évidence cette réalité. Alors que dans les années 1946, les juifs vivaient dans certaines zones d’habitation déterminées, actuellement la situation s’est totalement inversée. Cette carte est l’expression claire et triste montrant à quel point l’espace de vie des Palestiniens s’est rétréci et pour autant dire transformé en une prison à ciel ouvert. La réponse d’un jeune gazaoui à la question du journaliste Mehmet Akif Ersoy lui demandant ‘quelle est ton rêve’, est comme le résumé de la triste situation de la transformation de leurs terres en prison à ciel ouvert. « Je souhaite pouvoir rouler à 180 kilomètres/heures sans être bloqué par aucun contrôle du côté israélien… » a répondu ce jeune gazaoui.

D’un autre côté, il n’y a pas d’indicateur montrant qu’Israël restera dans les limites qu’il possède actuellement. Bien que certains juifs soit instamment contre, ce n’est pas un secret que les juifs fanatiques, racistes et sionistes courent toujours derrière leur ‘idéal de ‘grand Israël’. Une petite enquête réalisée via internet, suffit largement à montrer cette réalité. Dans le cadre de leur idéal d’un ‘grand Israël’, les juifs sionistes prétendent leur revendication de ‘terres promises’ dans la région s’étalant du Tigre à l’Euphrate et où vivent les Arabes, Kurdes, Turcs et d’autres groupes ethniques. Actuellement, dans le cadre de la crise syrienne, la plus grande instabilité est vécue sur ces terres ‘promises’ revendiquées par les juifs racistes.

Lorsque nous observons les politiques suivies par Israël depuis sa création, ou encore lorsque nous regardons ses politiques régionales actuelles, nous constatons qu’Israël suit régulièrement une politique agressive. Le terme ‘sécurité d’Israël’ sert en fait à camoufler la politique agressive et expansionniste suivie par Israël depuis sa création. C’est la raison pour laquelle, la terminologie correcte devrait être l’expansionnisme d’Israël et non la sécurité d’Israël.



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