Les relations turco-américaines à l'ombre du PKK

Alors que l’opération « Rameau d’olivier » dure maintenant depuis un mois, les relations turco-américaines sont marquées par un sérieux défi en raison du soutien américain au terrorisme

Les relations turco-américaines à l'ombre du PKK

Alors que l’opération « Rameau d’olivier », lancée par la Turquie et les opposants syriens dans l’objectif de nettoyer Afrine des terroristes de l’YPG, dure maintenant depuis un mois, les relations turco-américaines sont marquées par un sérieux défi en raison du soutien américain au terrorisme. La Turquie considère que l’intégrité territoriale de la Syrie et sa propre sécurité nationale sont menacées, tandis que les Etats-Unis semblent insister sur la poursuite de leur alliance sale avec l’organisation terroriste PKK en Syrie. La tension entre les deux alliés de l’Otan a pris, ces derniers temps, la tournure d’une grave crise en raison « du soutien au terrorisme », néanmoins de graves problèmes structurels sont hérités du passé. Leur position différente lors du Printemps arabe, le soutien des Etats-Unis au coup d’Etat en Egypte et avant tout, l’engagement avec l'organisation terroriste guléniste FETO qui se cache derrière la tentative de coup d’Etat du 15 juillet, ont ébranlé les relations turco-américaines.

« Nos relations sont à un stade critique. Soit nous allons améliorer nos relations soit elles vont totalement se dégrader» avait déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, concernant les relations turco-américaines, exposant clairement l’état des relations. La partie américaine insiste à ne pas comprendre la gravité de la question. Le chef de la diplomatie turque avait rappelé que Tillerson avait déclaré lors de la réunion sur Daesh qu’ils « comprenaient les préoccupations de la Turquie ». Cavusoglu avait néanmoins ajouté qu’ils attendaient des actions au lieu des paroles. Cela démontre que la Turquie a perdu sa confiance envers les Etats-Unis et demande que les promesses faites soient tenues. Si les Etats-Unis tiennent leurs promesses faites à la Turquie, cette dernière pourrait prendre des décisions radicales. Même si les Etats-Unis entreprennent des initiatives dans le sens des relations avec la Turquie conformément à leur alliance, la restauration mutuelle de la confiance prendra beaucoup de temps.

Le vice-Premier ministre et porte-parole du gouvernement, Bekir Bozdag, a précisé que le corridor terroriste dont la création est prévue le long de la frontière turque et le projet d’étatisation du terrorisme seront déjoués.

« Les Etats-Unis doivent renoncer à lanterner la Turquie concernant les groupes terroristes PKK/KCK/PYD/YPG ; ils n’arriveront pas à dissimuler les organisations terroristes et les terroristes avec un changement d’appellation ou d’enseigne, ils doivent savoir qu’ils ne pourront pas changer ainsi la réalité et ne pourront tromper personne. Les Etats-Unis doivent accepter que le PYD et le YPG sont une organisation terroriste sans aucun prétexte ; ils doivent mettre fin à leur coopération avec les organisations terroristes, à leur soutien en formation, en équipement, en armement, en munitions, en moyens et autres, accordé aux organisations terroristes, et doivent rassembler les armes livrées aux organisations terroristes » a-t-il déclaré.

A la lumière de tous ces développements, le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a réalisé une visite importante en Turquie. Il s’est longuement entretenu avec le président Recep Tayyip Erdogan et a réalisé un entretien bilatéral avec son homologue Cavusoglu. Lors des entretiens, les parties ont assuré leur considération en tant que partenaires stratégiques et la Turquie a transmis une nouvelle fois ses demandes aux Etats-Unis. La création d’un mécanisme visant à mener les pourparlers concernant le nord de la Syrie, notamment Minbij, a été décidée. Tout en menant ses entretiens avec les Etats-Unis, la Turquie a néanmoins clairement exposé qu’elle continuerait à cibler directement l’organisation terroriste PKK/YPG.

Bien évidemment, les problèmes qui se produisent entre les Etats-Unis et la Turquie ne concernent pas uniquement la question du PKK/YPG.

Nous constatons qu’aux Etats-Unis, pays ayant tendance à ne pas considérer la Turquie comme un acteur fondateur dans la région, domine une approche concentrée sur la personne de M. Erdogan reposant sur la perception du discours selon lequel la Turquie s’islamise et devient autoritaire. Cette perception exploitée depuis longtemps par les organes médiatiques et soutenue par les collaborateurs en Turquie, porte ombrage aux intérêts nationaux de la Turquie et désaxe les débats. En effet, alors qu’aux Etats-Unis la Turquie est débattue sur « les droits de l’homme » et « les valeurs humaines », les « droits de l’homme » et les « valeurs humaines » aux Emirats arabes unis, en Arabie saoudite et en Egypte, dirigées par les Etats-Unis, n’ont pas d’importance. La principale raison de cette attitude ambivalente des Etats-Unis réside dans le fait que la Turquie suit une politique extérieure spécifique et indépendante.

Or, lors de la tentative de coup d’Etat fomentée par FETO le 15 juillet, la déclaration des Etats-Unis indiquant qu’ils évaluaient s’il s’agissait bien d’un coup d’Etat ou non, l’intérêt porté par les Etats-Unis à la situation des putschistes au lieu de soutenir le peuple turc au lendemain de la tentative de coup d’Etat et le rôle clé de la base militaire d’Incirlik dans la tentative de coup d’Etat, représentent un tournant dans les relations entre les deux pays. Le fait que le chef de l’organisation terroriste guléniste FETO se trouve aux Etats-Unis et le soutien de la CIA et d’autres établissements américains à FETO ont fortement tendu les relations avec la Turquie. Malgré les dossiers comportant des dizaines de preuves présentés par la Turquie aux Etats-Unis, les Etats-Unis n’ont pas extradé le chef de l’organisation terroriste guléniste FETO vers la Turquie et n’ont pas lancé de procédure judiciaire à son encontre. Ce sont des données importantes qui démontrent que les Etats-Unis n’ont pas été dérangés par la tentative de coup d’Etat guléniste du 15 juillet.

Un autre sujet qui représente une divergence importante entre la Turquie et les Etats-Unis est le gouvernement de Mohamed Morsi renversé par un coup d’Etat en Egypte. Bien que la Turquie ait soutenu le premier président élu par des voies démocratiques en Egypte, pour les Etats-Unis la Turquie a soutenu un gouvernement islamiste. Alors que les Etats-Unis ont salué le coup d’Etat d’al-Sissi, la Turquie a maintenu son soutien au gouvernement de Morsi, ce qui démontre une sérieuse divergence de vues entre les Etats-Unis et la Turquie concernant le Moyen-Orient. En effet, la Turquie souhaite que les gouvernements des pays du Moyen-Orient soient élus par le peuple, alors que les Etats-Unis veulent la mise en place de gouvernements qui agiraient conformément à leurs propres intérêts. Selon l’avis général aux Etats-Unis, les gouvernements qui arriveront au pouvoir par des élections libres au Moyen-Orient ne sont pas pro-américains et mettront en danger les intérêts des Etats-Unis.



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