Les reflets géopolitiques du sommet de Sotchi sur la région

La guerre civile syrienne qui dure depuis 2011 a radicalement influencé le Moyen-Orient du point de vue politique, stratégique, économique et géopolitique et provoqué des ruptures et changements géopolitiques.

Les reflets géopolitiques du sommet de Sotchi sur la région

Nous traversons une période où divers projets sont conçus par certaines puissances pour modeler le siècle suivant. Certes, le Moyen-Orient est la principale région concernée par ce type de projets. Il y a d’une part les Etats-Unis qui détiennent la force de l’OTAN et qui essaient avec Israël et certains pays arabes de tracer une feuille de route, et de l’autre, l’Allemagne et la France qui représentent l’Europe continental sous le leadership de l’UE et qui essaient de jouer un rôle différent. L’Angleterre essaie quant à elle de créer un espace d’influence régionale via la Chine et ses alliés traditionnels alors que la Russie travaille pour bâtir un nouveau paradigme au Moyen-Orient.

            On peut mieux voir la situation de la région dans laquelle nous vivons quand on y ajoute les objectifs stratégiques de puissances régionales comme la Turquie, l’Iran et l’Arabie saoudite. Il faut aussi y ajouter les retombées négatives du vide de puissance apparu dans la région après la perte de puissance du côté des Etats-Unis, ce qui complique davantage le tableau. Le sommet syrien organisé justement le 22 novembre à Sotchi, une ville russe riveraine à la mer Noire, est une conséquence des facteurs ci-présents.

            La guerre civile syrienne qui dure depuis 2011 a radicalement influencé le Moyen-Orient du point de vue politique, stratégique, économique et géopolitique et provoqué des ruptures et changements géopolitiques. Les guerres apparues en Syrie, en Irak, en Libye et au Yémen ont causé de grandes pertes humaines, matérielles et spirituelles, entrainant la dissolution de pays comme la Libye et le Yémen et provoquant de graves agitations sociales, politiques et économiques dans les autres pays de la région.  

            Du point de vue politique et stratégique, Israël est certainement le plus grand gagnant du processus. Sans même tirer une seule balle, ce pays a regardé la disparition de ses adversaires en Irak et en Syrie, détruisant le bloc arabe en tirant dans ses rangs l’Egypte et l’Arabie saoudite. Cette situation a renforcé comme jamais la position d’Israël depuis sa création et l’a fortement soulagé. C’est pour cette raison qu’Israël exerce librement et intrépidement toute pression et injustice sur les Palestiniens et considère cette situation comme une opportunité pour faire aboutir sa stratégie de « grand Israël ». La Russie est le deuxième plus grand gagnant du processus. Elle a obtenu l’accès aux mers chaudes dont elle rêvait depuis quatre siècles. Un autre pays gagnant est l’Iran. Celle-ci a obtenu l’occasion d’élargir comme jamais dans son histoire, son champ d’influence.

            Mais la poursuite depuis sept ans de la crise syrienne a commencé à toucher négativement les Etats-Unis, les pays européens ou bien la Russie en matière de sécurité, de terrorisme et d’économie. Cette situation a conduit à la multiplication des efforts internationaux pour une solution. Les pourparlers de Genève poursuivis depuis 2012 à l’initiative des Etats-Unis, n’a pu donner aucun résultat malgré sept réunions. Cette situation est considérée comme un signe important du recul de l’influence des Etats-Unis au Moyen-Orient. Par ailleurs le Processus d’Astana apparu il y a moins d’un an, a permis d’obtenir d’importantes avancées. Le processus qui a commencé par l’évacuation d’Alep, a permis d’acheminer des aides humanitaires, d’assurer la sécurité en grande partie à Idlib et de constituer des zones de désescalade dans plusieurs régions. Ainsi, un seuil important a été franchi au sommet de Sotchi pour arriver à une solution politique par la mise en place d’un Congrès de dialogue national. Certes, la Turquie a joué un rôle essentiel dans l’obtention de tous ces acquis. Elle a assuré une mission clé tant pour l’application des zones de sécurité qui était un projet d’Ankara, et l’instauration de la sécurité en Syrie par l’opération du Bouclier de l’Euphrate.

Par conséquent, le sommet de Sotchi peut être considéré comme un point de rupture important tant pour l’avenir de la Syrie que pour celui du Moyen-Orient. Or ce sommet est important du point de vue de l’ébranlement du monopole anglo-saxon qui existe au Moyen-Orient depuis un demi-siècle. La promesse du président américain Donald Trump de ne plus livrer d’armes au PYD est un message qui révèle la maitrise de l’importance que porte la Turquie. Je pense que l’armement jusqu’à présent des milliers de terroristes du PYD concerne maintenant plutôt la stratégie des Etats-Unis concernant l’Iran. Nous reparlerons de ce sujet plus tard.

           



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