Les raisons politiques de la question palestinienne (Etude)

Sur le plan politique, la question palestinienne est la dénomination du processus politique et historique synonyme de l’occupation des territoires appartenant aux musulmans et de la privation des droits et libertés des Arabes palestiniens

Les raisons politiques de la question palestinienne (Etude)

            Sur le plan politique, la question palestinienne est la dénomination du processus politique et historique synonyme de l’occupation des territoires appartenant aux musulmans, de l’héritage historique, religieux et culturel, de la privation des droits et libertés des Arabes palestiniens. Dans les épisodes précédents nous avions évoqué les raisons historiques de cette question, nous allons donc nous concentrer cette semaine sur le processus politique de la question. C’est encore l’Europe qui est à l’arrière-plan du fait que la question palestinienne soit devenue une question politique internationale. D’ailleurs, les Etats-Unis accusant l’Europe de colonialisme et impérialisme, craignaient que les anciens maux du continent se répandent sur le nouveau continent et ont donc suivi pendant longtemps une politique différente. En effet, les politiques adaptées à la montée d’idées et de philosophies racistes dans l’Europe du XIXe siècle, ont engendré l’émergence d’une question juive sur le continent. Cette question baptisée l’antisémitisme a suscité l’émergence du sionisme que l’on peut qualifier de racisme juif en réaction au racisme européen. Au début du XXe siècle, l’entrée du sionisme dans l’orbite de l’impérialisme britannique a préparé le fondement à la tournure de la question juive en la question palestinienne.

            Le processus historique et sociologique négatif qui s’est développé entre sociétés européennes et Juifs est à l’origine du processus attisant l’antisémitisme. En effet, dans l’Europe médiévale, les Juifs avaient été contraints de vivre dans des ghettos, considérés comme les « assassins de Jésus ». En Europe, les Juifs étaient accusés « d’empoisonner les puits, de mépriser le pain béni et d’assassiner les enfants chrétiens pour utiliser leur sang dans leurs cultes ». D’ailleurs, l’historien Stanford Shaw relève que cette tendance était également présente parmi les Chrétiens de l’Empire ottoman. Mais vers la fin du XVe siècle, les Juifs ont été victimes d’exils et de massacres en Espagne, au Portugal et en Italie, l’Empire ottoman les a protégés et les a installés dans des régions comme Istanbul, Thessalonique, Edirne, Bursa et Damas.

            A partir du XVIIIe siècle, les Juifs ont tout particulièrement assuré le développement de leurs régions dans le domaine éducatif et commercial en particulier, avec l’influence des conditions socio-culturelles apportées par la Révolution française après le siècle des Lumières en Europe. Mais cette situation a commencé à susciter la réaction de l’Europe à partir du milieu du XIXe siècle. Leur monopole dans certaines affaires qui rapportent, notamment le commerce, l’artisanat et le secteur bancaire, a provoqué l’émergence d’une perception négative.

            C’est pour cela que les Juifs ont été tenus pour responsable de la mort du Tsar Alexandre II qui avait restreint leurs activités commerciales en 1881. En fin de compte, la pression exercée sur les Juifs en Europe a été plus forte suite aux pogroms (massacres) commis en Russie et dans l’Europe de l’est puis en Europe de l’ouest comme dans le cas de l’affaire Dreyfus. A la suite de ces événements, Théodore Herzl a rédigé son livre « L’Etat juif » en 1896, ouvrant la voie à la systématisation du sionisme et au rassemblement en Suisse du premier congrès sioniste un an plus tard. Theodore Herzl avait écrit en 1897 qu’il prévoyait la création d’un Etat juif sioniste dans un demi-siècle. D’un côté, il soutenait implicitement les mesures antisémites en Europe, estimant que cela serait une bonne raison pour les Juifs d’émigrer en Palestine. Quant aux politiciens européens, ils pensaient que la création d’un Etat juif dans une autre région serait à leur avantage pour pouvoir se débarrasser de la question juive dans leur pays.

            D’un autre côté, Theodor Herzl avait compris que le seul moyen de créer un Etat était d’avoir un protecteur et s’était donc rapproché tout d’abord de l’Empire ottoman. La première proposition de Herzl faite à l’Empire ottoman était très significative. En effet, il n’y avait pas d’approche raciste ou d’antisémitisme dans l’Empire ottoman. Deuxièmement, il comptait profiter du rétrécissement économique de l’Etat. Pourtant, le sultan Abdulhamid Han qui était maître en politique extérieure, avait remarqué ce jeu dès le début et avait communiqué à Herzl que la Palestine était une terre musulmane et ottomane qui ne pourrait être sujet d’un marchandage. Par la suite, Herzl a adouci sa proposition et proposé plusieurs fois de s’installer en Palestine pour y faire de l’agriculture en contrepartie du paiement des dettes de l’Empire ottoman, mais toutes ses demandes avaient été rejetées.

            Ce que Herzl n’a pas pu faire, a été réalisé par ses successeurs, après sa mort en 1904, à savoir David Wolfsohn et Chaim Weizmann. Ce dernier a tout d’abord agi pour renverser le sultan Abdulhamid, le plus grand obstacle devant la politique sioniste, et à partir de 1909, il s’est entendu d’abord avec l’Angleterre puis avec Sharif Fayçal le 3 janvier 1919. La politique britannique a utilisé et les Juifs et les Arabes d’une manière très habile pour réaliser leur politique impérialiste au Moyen-Orient. Et les Juifs dirigés par Weizmann et les partisans de Sherif Huseyin ont combattu les Ottomans lors de la Première Guerre mondiale et versé le sang des musulmans. Sherif Huseyin est à l’origine de la perte du Hedjaz, alors que la brigade juive combattant pour le général Allenby a contribué à ce que l’Empire ottoman perde la Palestine et le front sud.

            Les documents britanniques révèlent que Londres avait promis aux Juifs ayant combattu en sa faveur pendant la Première Guerre mondiale, de leur attribuer un pays. D’autre part, Lord Rothschild, un juif britannique, baron du système financier international de cette époque, avait envoyé une lettre à James Balfour en contrepartie de la contribution aux frais de guerre de l’Angleterre, jouant un rôle important dans la création d’un Etat juif en Palestine. En effet, Balfour a fait cette déclaration sans trop tarder, le 2 novembre 1917. Cela a jeté les fondements d’un Etat juif (sioniste) sans la Palestine (palestiniens-arabes) dans une Palestine sans juifs, qui servira aux intérêts impérialistes de l’Angleterre. Tombés dans le piège de l’impérialisme britannique, les Arabes et les Juifs, qui vivaient en paix et en sérénité dans le cadre de la civilisation islamique et sous l’administration des Etats musulmans pendant dix siècles, vivent à présent à couteaux tirés.



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