L'avenir de la Syrie et de l'Irak durant la période post-Daesh (Etude)

Etude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk.

L'avenir de la Syrie et de l'Irak durant la période post-Daesh (Etude)

Daesh continue de régresser en Syrie et en Irak. La situation post-Daesh dans la région reste incertaine. Dans notre programme de cette semaine, nous allons analyser les crises qui pourraient éclater dans la région dans la période post-Daesh.Nous vous présentons l’étude en la matière de

L’opération lancée contre Daesh le 17 octobre 2016 par la Coalition internationale et les forces de sécurité irakiennes, s’est achevée le 09 juillet 2017. Il est fort possible que par la suite, des opérations soient entreprises pour la libération de diverses régions contrôlées par Daesh, en tête Tall Afar. Les acteurs qui souhaitent être influents en Irak du point de vue politique et administratif durant la période post-Daesh, continuent de déployer des efforts en vue de prendre des positions et d’assurer un avantage. L’attitude des chiites, sunnites et Turkmènes déterminera à ce stade l’avenir de l’Irak. En Syrie, les acteurs externes cherchent par le biais de marchés et d’accords conclus de déterminer qui d’entre eux progressera vers quelle région du pays. Par conséquent, l’avenir de la Syrie sera déterminé avant tout par la position des forces régionales et mondiales.

            Le processus de lutte contre Daesh a mis en avant-plan deux acteurs en Irak et leur a assuré un avantage. Les attaques de Daesh dans les régions où vit une forte population de sunnites, a renforcé les identités chiites et kurdes en Irak. Pour ce qu’il est de la Syrie, les forces du régime ont assuré un sérieux progrès ces derniers mois. L’avancée du régime est un développement qui n’est pas au profit de Daesh. Le processus d’Astana a eu une sérieuse influence dans cette avancée. Des zones de désescalade ont été formées dans le cadre du processus d’Astana lancé par la Turquie, la Russie et l’Iran. Un cessez-le-feu a été décrété dans 4 zones contrôlées par les opposants en Syrie. La diminution des conflits dans ces zones a permis aux forces du régime soutenu par la Russie et l’Iran, à se diriger vers d’autres zones de conflits.

            Les sunnites et les Turkmènes sont les deux acteurs affectés par le renforcement des kurdes et des chiites en Irak. Les sunnites sont devenus les bouc-émissaires en Irak en raison de Daesh. Quant aux Turkmènes qui se trouvent dans presque toutes les régions d’Irak, du nord-ouest jusqu’au sud-est, ils sont devenus les cibles les plus faciles en Irak. Le fait que la majeure partie des zones de conflits contre Daesh soit des régions où vivent les Turkmènes, a propulsé cette population au centre des combats. Les régions turkmènes comme Tall Afar, Tuzhurmatu, Kirkuk et Djelevle sont la scène d’une lutte de souveraineté post-Daesh.

            Idlib est une des zones de conflits syriennes qui revient souvent à l’actualité ces derniers temps. Une tension est née entre opposants à Idlib en raison du processus d’Astana. La tension montante entre l’Armée syrienne libre (ASL) qui a accepté le processus d’Astana et a respecté le cessez-le-feu, et le bloc dirigé par al-Nosra qui a perçu ce processus comme une traîtrise, s’est transformée en combats. Un des principaux objectifs d’Astana était de dissocier les extrémistes des opposants, et d’éliminer ainsi les extrémistes. Le processus d’Astana a rendu ainsi plus distinct les blocs à Idlib.

            La Turquie avait déclaré qu’elle pourrait déployer des soldats à Idlib. Sur ce, les groupes affiliés à al-Nosra ont pensé qu’ils allaient devenir la prochaine cible et en prévention, se sont emparés de certaines régions stratégiques à Idlib contrôlées en majorité par Ahrar al-Cham. Par conséquent, Idlib a pris l’allure d’un émirat contrôlé par al-Nosra.  Ce tableau ne reflétant pas la réalité est au profit de tous les acteurs hormis la Turquie. Si la Turquie ne passe pas à l’action, l’intervention à Idlib des puissances externes pourra engendrer de sérieuses menaces pour la Turquie. En cas d’intervention externe, les 2,5 millions de civils habitant à Idlib vont chercher naturellement à émigrer vers la Turquie. Il risque d’y avoir des combattants extrémistes immiscés au sein des civils fuyant Idlib. Toutefois le risque le plus important est l’éventuel positionnement des forces étrangères à la frontière entre la Turquie et Idlib.

            Depuis un certain temps, la Turquie tente d’assurer le renforcement des opposants modérés à Idlib. Toutefois, les opposants n’ont pas la force suffisante pour repousser entièrement al-Nosra d’Idlib. La Turquie doit mettre fin rapidement à l’assertion selon laquelle Idlib est « un émirat d’al-Nosra ». Sinon des forces étrangères se positionneront à la frontière sous prétexte de lutte contre al-Nosra.

            Au contraire de ce que l’on pensait, la lutte anti-Daesh a accéléré et approfondi la décomposition, les bras de fer et les conflits en Irak et en Syrie. Même si Daesh est un facteur de conflit à lui-seul, les dynamiques « de conflits divers » dans « des régions diverses » pourraient déterminer l’actualité en Syrie et en Irak jusqu’à ce que de nouveaux équilibres se forment. Si aucun équilibre n’est assuré entre les divers groupes ethniques et confessionnels, les dynamiques de conflits politiques et militaires vont s’attiser les uns les autres, engendrant une ambiance incontrôlable, ce qui constituera une des principales menaces auxquelles seront confrontées la Syrie et l’Irak dans la période à venir.


Mots-clés: idlib

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