L'achat de missiles russes par la Turquie et les contestations de l'Occident

Une étude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk.

L'achat de missiles russes par la Turquie et les contestations de l'Occident

La Turquie envisage d’acheter des systèmes de défense aérienne S-400 à la Russie pour renforcer sa défense aérienne. Ceci suscite la réaction des alliés occidentaux de la Turquie. Nous allons analyser le choix de la Turquie d’acquérir des systèmes S-400, les contestations de l’Occident et leurs retombées dans la région.

          La transformation des troubles et conflits en Syrie en une guerre civile, la présence d’organisations terroristes comme DAESH et le PKK en Irak et en Syrie ainsi que les risques de crises dans des régions voisines ont poussé la Turquie à accélérer ses quêtes pour l’achat d’un système de défense aérienne. Il est impératif pour la Turquie d’adopter différentes mesures contre les systèmes de roquettes-fusées et armes chimiques en raison des risques élevées de crises dans les régions voisines. Aujourd’hui, la politique de défense de la Turquie est modelée principalement par cette préoccupation.

          En raison surtout de la crise syrienne, la Turquie, membre de l’OTAN, était exposée au risque d’attaque à la roquette mais les systèmes Patriot sont arrivés très tard en Turquie. A l’exception de l’Espagne et de l’Italie, les autres pays ont démonté et emporté leur système à la première occasion. Le PKK-PYD-YPG possède aujourd’hui des armes lourdes et légères de l’OTAN. Les explosifs militaires inscrits dans l’inventaire de l’OTAN ont été utilisés par des terroristes en plein cœur d’Istanbul.L’Occident n’a pas affiché une sérieuse réaction contre la tentative de coup d’Etat sanglant du 15 juillet menée par l’organisation terroriste guléniste FETO. Tous ces faits conduisent forcément la Turquie à d’autres alternatives.

          Le rabais de l’offre présenté par la Russie, l’amélioration des relations turco-russes et le manque de soutien des alliés occidentaux à la Turquie ont fait que le système S-400 de la Russie soit la première alternative pour la Turquie. Les vives critiques et avertissements des alliés occidentaux concernant les plans d’achat de systèmes S-400 à la Russie, se sont multipliés surtout au cours des dernières semaines. Un processus semblable avait été observé il y a quelques années quand la Turquie avait entamé des discussions avec la Chine pour l’acquisition de système de défense antimissile.

          D’après les explications techniques détaillées des responsables turcs, le système S-400 ne représente aucun vide de sécurité pour l’OTAN. La raison principale des contestations d’alliés occidentaux semblent être plus politique que technique. Or les mêmes alliés occidentaux n’ont pas fait les mêmes contestations quand la Grèce a décidé d’intégrer le système russe S-300 à son système de défense aérienne et quand ce même système a été utilisé durant l’exercice militaire de l’Aigle Blanc-2013.

          L’achat de S-400 à la Russie par la Turquie, tel que déclaré à maintes reprises par les responsables turcs, vise à répondre aux besoins d’action urgente. C’est une réalité visible que les intérêts et priorités militaires de la Turquie ainsi que de l’OTAN et surtout des Etats-Unis, ne sont pas en harmonie. D’autre part, les bonnes relations qui existent aujourd’hui entre la Turquie et la Russie peuvent un jour se dégrader. C’est pourquoi, c’est une initiative rationnelle pour la Turquie de multiplier ses alternatives de défense et ses alliés. Il n’est pas possible d’imaginer que la Turquie reste indifférente aux menaces proches et évidentes qui se dirigeraient des régions voisines. C’est pourquoi il faut considérer normale que la Turquie souhaite acquérir un système de défense antimissile. A court terme, cela est possible uniquement par l’achat d’un système à de grands fournisseurs. Parmi ces grands fournisseurs qui ne sont pas très nombreux, les occidentaux refusent un transfert de technologie, laissant donc seulement la Russie et la Chine comme alternatives pour la Turquie. Bien entendu c’est une solution à court terme. A long terme, c’est une obligation pour la Turquie d’avoir la capacité de produire son propre système de défense au niveau scientifique et technologique.

          La réaction de l’OTAN à l’achat du système S-400 par la Turquie était attendue. L’OTAN ne va probablement pas approuver l’intégration du S-400 à son système. Dans ce cas, la Turquie va positionner ce système indépendamment de l’OTAN, de façon à protéger seulement l’endroit où il sera déployé. Mais dans un premier temps, de sérieux problèmes peuvent surgir étant donné que tout le système de défense aérienne de la Turquie est actuellement intégré à celui de l’OTAN. Si l’OTAN et les Etats-Unis sont gênés de ce type de quêtes d’alternatives de la Turquie, ils doivent alors comprendre les préoccupations d’Ankara et travailler avec elle afin d’établir un équilibre de puissance acceptable.

          Les régions voisines de la Turquie à savoir le Caucase, les Balkans et le Moyen-Orient ont connu plusieurs conflits, crises et guerres au cours du siècle dernier. Il y a parmi ces conflits des guerres entre Etats et des guerres hybrides. La Turquie est aujourd’hui confrontée à diverses menaces sur une vaste géographie. C’est pourquoi elle vise à réaliser une vaste transformation de défense-sécurité depuis la période post-15 juillet. Il est important pour l’avenir des relations que les alliés occidentaux de la Turquie répondent aux exigences de cette situation dont ils devraient tenir compte.



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