La crise qatarie et son impact sur la région

Etude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk

La crise qatarie et son impact sur la région

        Certains pays arabes, notamment l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Egypte, ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar pour diverses accusations, provoquant la crise diplomatique la plus grave du Golfe de ces derniers temps. La rupture totale des relations diplomatiques s’est produite dans une période où l’administration Trump a accentué la pression au sujet de la « révision des relations avec le Qatar ». L’Arabie saoudite et les autres pays accusent le Qatar de soutenir le terrorisme. Mais ces pays n’ont aucune preuve capable de confirmer cette accusation.

        Le Qatar est un petit pays du Golfe extrêmement influent sur la région, sur le plan politique et économique. Le Qatar recense 3 millions d’habitants, dont 330.000 citoyens qataris. Il possède les troisièmes plus grandes réserves de gaz naturel du monde et abrite d’importantes universités, boîtes de réflexion et le géant médiatique Al-Jazeera. Des soldats étrangers sont déployés au Qatar où se trouvent également des bases militaires. Ses relations avec la Turquie sont très bonnes. Nous constatons que les initiatives entreprises par le Qatar pour une coopération énergétique avec la Turquie dans la région, ses relations militaires avec la Turquie, voire la base militaire de la Turquie au Qatar dérangent plusieurs pays du Golfe.

        Le Qatar, pays le plus riche du Golfe persique, a une image très positive auprès du public arabe pour le soutien qu’il avait apporté aux mouvements de démocratisation dans la région. C’est un pays qui a une influence à l’échelle régionale et mondiale par sa puissance douce qu’il a très bien réussi à rendre fonctionnelle. Le Qatar a formé un public régional et mondial par l’intermédiaire du groupe médiatique Al-Jazeera diffusant en anglais et en arabe. Le Qatar attire l’attention avec ses politiques plus libérales par rapport aux autres pays du Golfe. Le soutien apporté à l’opposition de masse et aux acteurs du changement pendant le Printemps arabe, est la principale raison de la réaction des monarchies du Golfe au Qatar. Les raisons prioritaires qui ont fait du Qatar une cible de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, de l’Egypte et des Etats-Unis, sont les choix politiques de Doha et ses effets sur la politique étrangère. En effet, la Turquie et le Qatar soutiennent en Syrie l’opposition modérée opposée à Al-Assad, comme nous le savons. Ce sont la Turquie et le Qatar qui avaient réussi à persuader l’opposition syrienne de participer aux processus de Genève et d’Astana.

        Les sanctions diplomatiques appliquées contre le Qatar, membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEC), ont provoqué une hausse brutale des prix pétroliers. Le prix du baril de Brent a augmenté de 2% pour se fixer au-dessus du seuil de 50 dollars. En cas d’aggravation de la crise qui sévit dans la région, le Qatar pourrait quitter l’OPEC. Un tel scénario provoquerait une très forte hausse des prix pétroliers. Espérons que cette crise du Golfe terminera rapidement avec la médiation des acteurs régionaux comme la Turquie, et qu’il n’y aura pas d’autre guerre du Golfe. La guerre reste une option, bien que minime. En effet, lorsque nous voyons la gestion de la question yéménite par l’Arabie saoudite, nous voyons que cette crise risque de prendre la tournure d’une guerre régionale, même si le risque est faible.

         Tout d’abord, conformément à sa traditionnelle politique étrangère, la Turquie restera distante d’une polarisation confessionnelle comme par exemple chiite-sunnite dans la région. Néanmoins, elle manifestera son amitié face à l’isolation régionale du Qatar, un de ses alliés importants dans la région. La diplomatie multilatérale menée par Erdogan, est un bon début. Les initiatives diplomatiques entreprises par Recep Tayyip Erdogan dès le début de la crise qatarie ont permis d’éviter une escalade de la crise. La Turquie considère la stabilité dans le Golfe comme sa propre stabilité. Elle considère qu’il est important d’être en coopération avec tous les pays de la région pour lutter contre Daesh, le radicalisme, le confessionnalisme et l’islamophobie. Bien évidemment, les pays peuvent avoir des divergences de vue. Mais le dialogue doit être maintenu quelles que soient les conditions. La Turquie vient en tête des pays les plus affligés par la situation. Par conséquent, la Turquie continuera d’apporter le soutien nécessaire pour normaliser la situation.



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