Les Turcs vivent, dirigent et montrent de l’intérêt depuis le 9e siècle à la Libye

Une étude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk

Les Turcs vivent, dirigent et montrent de l’intérêt depuis le 9e siècle à la Libye

          Six années se sont écoulées depuis la révolution de février 2011 en Libye, pourtant la crise sévit toujours dans ce pays d’Afrique du Nord.

Les Turcs vivent, dirigent et montrent de l’intérêt depuis le 9e siècle à la Libye. La présence des Turcs dans cette région a débuté avec les Toulounides (868-905), les Ikhchidides (935-969), les Ayyoubides (1171-1250), les Mamelouks (1260-1517) et les Ottomans jusqu’en 1912. Ce sont les Ottomans qui ont régné le plus longtemps sur la région. Les Turcs ont protégé la Libye en utilisant tous les moyens jusqu’à ce que la région soit abandonnée à l’Italie suite à l’accord signé à Ouchy en Suisse en 1912. Après cette date, les Turcs n’ont pas rompu leurs liens avec la Libye. Ces liens qui se sont réanimés suite à l’indépendance de la Libye, se sont enrichis notamment à partir des années 1970 sur le plan politique, économique, commercial et culturel.

            Les conséquences politiques du Printemps arabe ont été dévastatrices pour la Libye. Une administration multipolaire est apparue dans ce pays. La République de Turquie a exposé une attitude amicale envers la Libye et les Libyen pendant et après la révolution. A partir de juin 2011, la Turquie a reconnu le Conseil de transition national comme le représentant légitime de la Libye. La Turquie a soutenu la Libye dans les périodes de restructuration. La politique libyenne est entrée dans une phase différente dans laquelle la violence a été utilisée comme méthode suite à la tentative de coup d’Etat de Khalifa Haftar en février-mai 2014. Les forces armées dirigées par Khalifa Haftar dirigent aujourd’hui l’est de la Libye. Dans l’ouest et le sud du pays, des groupes armés indépendants sont influents. Trois différents gouvernements et assemblées avancent être légitimes dans le pays. La Turquie évite de prendre parti aux conflits dans ce climat de crise. Elle recommande la fin des conflits en se basant sur un consensus national et la nécessité de suivre un processus politique. La Turquie soutient le gouvernement de consensus national fondé à l’initiative des Nations unies pour mettre un terme à la structure scindée du pays et comprenant toutes les parties libyennes. Mais le soutien régional et international à ce gouvernement n’a pas atteint le niveau nécessaire pour surmonter les problèmes.

            En 2012-2013, Khalifa Haftar, qui n’a pas pu devenir un acteur déterminant de la politique libyenne, a réussi à obtenir le soutien de certains acteurs régionaux et internationaux. Haftar a créé, avec ce soutien, une administration militaire dans l’est de la Libye, imitant celle de l’Egypte. Cette situation a suscité une sérieuse impasse. Cette impasse retarde les processus de restructuration de la Libye. Les relations turco-libyennes souffrent également de cette crise et réduisent les moyens de coopération. De graves problèmes sont rencontrés concernant l’accès aux acteurs nécessaires pour une coordination et coopération, l’application de visas, le retour en Libye des entreprises turques, les transferts d’argent entre la Turquie et la Libye et la coopération commerciale. La quasi-totalité des acteurs régionaux et internationaux rencontrent de tels problèmes en Libye.

            La Turquie a des relations ancrées avec le peuple libyen. La Turquie attache beaucoup d’importance à la sécurité et à la prospérité du peuple libyen en raison des liens historiques et culturels étroits entre les deux pays. Après la révolution de février 2011, la Turquie a reconnu le Conseil national de transition comme l’unique représentant du peuple libyen. La Turquie a été le premier pays à nommer un ambassadeur à Tripoli le 2 septembre 2011. Malgré certains problèmes qui se sont produits entre les deux pays, les relations turco-libyennes qui datent de près de mille ans, sont fort prometteuses.

            La Turquie peut entreprendre des initiatives pour restructurer les établissements publics en Libye sans attendre que la crise ne prenne fin (et en prenant en compte tous les problèmes actuels) afin de contribuer à une solution à la crise libyenne. En créant une délégation turque de spécialistes en administration publique, des projets peuvent être développés sur la reconstruction de l’Etat libyen. Une feuille de route peut être créée sur ce sujet. En effet, un processus de reconstruction a lieu dans la région et la Libye est le pays qui a le plus besoin de soutien dans ce processus. La contribution qu’apportera la Turquie à la Libye peut être un modèle pour toute la région.

            Nous voyons bien que la Turquie continuera de soutenir fortement l’unité nationale et l’intégrité territoriale de la Libye et de contribuer à la paix et à l’entente en se basant sur l’accord politique libyen. La reprise des relations économiques turco-libyennes suite à l’établissement de la sécurité, la stabilité et l’accroissement des revenus pétroliers par la création d’un gouvernement unitaire attendu en Libye, est fort probable. La Turquie sera, comme dans le passé, un acteur important en Libye. La situation actuelle laisse à penser que cela ne se réalisera pas à court terme mais à moyen terme.



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