Le quatrième tour des pourparlers d'Astana et ses impacts sur la crise syrienne

Une étude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk

Le quatrième tour des pourparlers d'Astana et ses impacts sur la crise syrienne

          Le drame humanitaire continue depuis six ans en Syrie. Plus d’un demi-million de personnes ont perdu la vie jusqu’à ce jour. La plupart des victimes sont des civils (tués dans des attaques du régime Assad). En vue de mettre fin à la guerre civile en Syrie, la Turquie, la Russie et l’Iran poursuivent les pourparlers d’Astana.

          Les yeux se sont tournés une fois de plus vers la crise syrienne après l’entretien téléphonique Trump-Poutine, la rencontre Erdogan-Poutine et le quatrième tour des pourparlers d’Astana. Depuis le début des discussions d’Astana en 2016, l’objectif essentiel est de pouvoir lancer le processus politique pour résoudre la question syrienne de manière durable. La première étape était de mettre fin aux conflits. Des efforts ont été déployés pendant cinq mois afin de constituer un mécanisme concret qui puisse stopper les affrontements. Les pourparlers d’Astana qui sont organisés pour compléter les entretiens de Genève visant à mettre fin à la guerre civile en Syrie, n’ont pas permis jusqu’à ce jour, d’obtenir un exploit concret. Pour obtenir un progrès concret, le quatrième tour de ces pourparlers s’est déroulé il y a quelques jours à la capitale kazakhe.  

          Après le quatrième tour des pourparlers d’Astana, la Turquie, la Russie et l’Iran ont parrainé un mémorandum. Selon ce consensus, des zones de désescalade seront constituées à Idlib et dans certaines parties des villes voisines dont Lattaquié, Alep et Hama, ainsi qu’à Gouta de l’Est et quelques zones dans le sud de la Syrie (Dera et Kuneytra). La création de zone de désescalade et de sécurité est une pratique provisoire. Ces pratiques seront limitées à six mois dans un premier temps. Ce délai pourra être prolongé à l’unanimité par les pays garants.

          Selon ce mémorandum ; les parties en conflit (à savoir le régime Assad et les groupes opposants modérés venus ou attendus à Astana), arrêteront l’utilisation de toute arme y compris les forces de l’air.   L’acheminement d’aide urgente et de façon sécurisée et continue sera assuré. Des démarches seront lancées pour la réinstauration des moyens d’infrastructure dont principalement l’accès à l’eau potable et à l’électricité. Les conditions seront remplies pour acheminer des aides médicales aux civils et répondre à leurs besoins primaires. Les conditions appropriées seront créées pour assurer le retour des déplacés dans le pays et dans d’autres pays. Des points de contrôle seront constitués dans les zones de désescalade pour assurer la circulation sans problème de civils sans armes, l’acheminement des aides humanitaires et la facilitation des activités économiques. Des points de surveillance seront établis pour faire respecter les conditions de la trêve. Les troupes des pays garants seront chargées par consensus, du fonctionnement des points de contrôle et de surveillance et de la gestion des zones de sécurité. En cas de besoin et d’accord des pays garants, des tierces parties pourront aussi être mandatées. 

          Toujours selon le mémorandum, des zones de sécurité seront créées tout le long des zones de désescalade pour empêcher des incidents et combats qui risqueraient d’apparaitre entre les parties en conflit. Les pays garants adopteront toutes les mesures pour faire respecter le cessez-le-feu. Les pays garants constitueront un groupe de travail conjoint dans deux semaines afin de définir les détails. (Les détails sont importants ; or il n’y a pas nettement un mécanisme qui définit comment stopper les combats en pratique dans ces régions et comment préserver la stabilité qui sera instaurée par la suite). Ce groupe de travail en commun présentera un rapport sur ses activités aux réunions internationales d’Astana sur la Syrie. Le but est d’arriver à un consensus politique par l’intermédiaire des représentants de zones de désescalade une fois que les combats seront stoppés. Donc ce plan n’est pas la solution du problème en Syrie. Mais s’il réussit, il sera une voie importante pour aboutir à une solution.

          Une nouvelle étape est amorcée dans les pourparlers d’Astana après la rencontre Erdogan-Poutine. Les discussions d’Astana sont menées désormais autour d’une nouvelle notion : les zones de désescalade. Pour la Turquie, cette notion est une démarche qui mène aux « zones de sécurité ». Et si ces zones sont créées de façon réussie, une étape essentielle sera franchie dans la résolution de la crise syrienne. Pour la réussite du mémorandum, les pays garants doivent contrôler et orienter correctement les groupes sur lesquels ils ont une influence. Surtout la Russie doit arrêter ces frappes aériennes et convaincre le régime Assad et les milices paramilitaires de l’Iran à respecter le cessez-le-feu.

          La Turquie occupe une position clé dans la résolution de la crise syrienne. Pour voir l’image en entier, il faut attendre l’entretien Erdogan-Trump les 16 et 17 mai, ainsi que ses conséquences.



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