Syrie: le massacre chimique d'İdlib et ses impacts dans la région (étude)

Une analyse de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk.

Syrie: le massacre chimique d'İdlib et ses impacts dans la région (étude)

Une attaque chimique a été perpétrée quelques temps auparavant par les unités du régime Assad dans la région de Khan Cheikoun affiliée à la province d’Idleb en Syrie. Cette semaine, nous allons analyser l’attaque chimique d’Idleb ainsi que ses effets sur la région.

Depuis 2011, la Syrie vit un enfer en raison du régime Assad. Et tout cela se passe sous les yeux du monde entier. Le régime ajoute un nouveau massacre chaque jour. Le 04 avril, les notions du régime Assad ont perpétré une attaque chimique contre la région Khan Cheikhoun d’Idleb. Plus de 100 personnes, majoritairement des femmes et enfants, ont perdu la vie tandis que 500 autres ont été blessés.

Pour ceux qui suivent les développements en Syrie, les attaques chimiques ne sont pas une surprise, car ce n’est pas la première attaque chimique perpétrée par le régime en violant le droit international.  Auparavant aussi, le régime Assad a fait usage à Ghouta, Alep et autres régions syriennes, des armes de destruction massive interdites, et a tué des dizaines de milliers de personnes. Idleb pourrait ne pas être le dernier du fait que le régime Assad ne fait l’objet d’aucune sanction sérieuse de la part de la communauté internationale. Avec ses déclarations et son approche indécise, la communauté internationale encourage malheureusement le régime Assad.

Malgré la convention de désarmement chimique, le régime Assad continue d’utiliser les matières chimiques comme le chlore. La communauté internationale ne donne aucune réaction sérieuse. De ce fait, le régime Assad perçoit cette situation comme un feu vert pour ses actes. Les attaques chimiques en Syrie sont le fruit des politiques faibles de la communauté internationale. En gardant le silence face à tout cela, le conseil de sécurité des Nations Unies est sur le point de perdre sa légitimité.

Le programme de guerre biologique ainsi que l’inventaire de missiles balistiques peuvent constituer de nouveaux crimes de guerre. Il faut également interdire les armes thermobariques utilisées ces derniers temps par les forces Assad, qui se résultent par une suppression de l’air et qui causent de fortes explosions à une température extrêmement élevée.

Le régime Assad n’a toujours pas signé la Convention des armes biologiques. Des recherches ont été diffusées dans les médias internationaux, montrant que, dans le cadre de son programme de guerre biologique, le régime Assad s’intéressait aux menaces comme la tularémie, la maladie du charbon et la peste. Par ailleurs, la coopération du régime Assad avec la Corée du Nord en matière de défense se poursuit au niveau stratégique. Comme vous le savez, la Corée du Nord est le pays le plus dangereux du point de vue de la guerre chimique et biologique.

Idleb se trouve au croisement d’importantes régions. En raison des migrations forcées, le peuple de la région contrôlée par les groupes d’opposants est de près de deux millions. C’est le principal bastion des opposants en Syrie. C’est le lieu où peut se jouer la victoire finale pour mettre fin aux conflits du point de vue de la Russie et du régime Assad. Idleb est sous le contrôle de divers groupes d’opposants. Les zones rurales près de Lattaquié sont contrôlées par l’Armée syrienne libre. Au sud, c’est la Délégation de libération de Damas (ou al-Nosra de son ancien nom) qui est influente, tandis que les régions frontalières à la Turquie sont contrôlées par la Brigade Ahrar al-Cham.  

Les images de Khan Cheikhoun reflétées dans les médias internationaux montrent que le régime Assad continue d’utiliser des armes chimiques. C’est une violation ouverte des résolutions 2118 et 2209 du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette attaque a également montré combien la perspective des pays occidentaux qui ne voient pas le régime Assad comme une menace prioritaire, est erronée. Le régime Assad est la source de la crise syrienne. Tant qu’il ne sera pas écarté, la paix ne pourra être assurée en Syrie. La communauté internationale doit dorénavant montrer sa réaction vis-à-vis de ces attaques. Toutes les institutions internationales, en tête l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, doivent enquêter d’urgence sur ces attaques.

La République de Turquie a déployé d’intenses efforts pour que le cessez-le-feu soit entré en vigueur le 30 décembre 2016. Elle a œuvré pour que les groupes d’opposant présents sur le terrain en Syrie se conforment au cessez-le-feu et elle a réussi. En contrepartie, la Russie et l’Iran se sont engagés à assurer que le régime syrien et ses partisans respectent la trêve. Toutefois, soit la Russie et l’Iran n’ont pas fait assez d’efforts soit le régime Assad n’a pas tenu compte de la Russie et l’Iran.

Tout ce qui se passe à Idleb influence également la Turquie. La Turquie empêche pour le moment un flux migratoire, mais si les bombardements s’intensifient et les attaques chimiques similaires se répètent, la Turquie sera de nouveau confrontée à un flux migratoire. Si la Turquie n’arrive pas à faire face à cette vague migratoire, cela aura de sérieuses conséquences pour l’Europe.

Les pays régionaux et les forces mondiales concernées doivent endosser rapidement leurs responsabilités pour une solution politique. Pour cela, le régime Assad doit être écarté et il faut lutter contre toutes les organisations terroristes sur le terrain (PKK/YPG-Daesh-al-Nosra) sans faire de distinction. Toutes démarches autres que celles-ci ne feront qu’attiser la crise.



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