Les nouveaux développements dans le nord de la Syrie (étude)

Une analyse de Cemil Dogac Ipek, chercheur en relations internationales à l’Université Ataturk…

Les nouveaux développements dans le nord de la Syrie (étude)

La Turquie est d’un côté occupée par le comportement de certains pays européens qui ne convient pas à la diplomatie, et de l’autre, par le référendum. Des développements importants se produisent parallèlement dans le nord de la Syrie. Nous allons donc analyser cette semaine la situation dans le nord de la Syrie.

          L’Armée syrienne libre (ASL) a repris al-Bab des mains du groupe terroriste Daesh, avec le soutien de la Turquie. L’attention s’est donc concentrée sur la région où se déroule l’opération « Bouclier de l’Euphrate ». La Turquie a annoncé que le prochain objectif à court terme était Minbij, et à long terme Raqqa. Le but de cette stratégie est de nettoyer le nord de la Syrie du terrorisme. Cela devait également permettre de créer une zone sécurisée permettant le retour des déplacés de guerre. La situation a subitement changé lorsque l’Armée syrienne libre (ASL) a jeté ses premiers pas à Minbij. Les forces de l’organisation terroriste PKK/YPG ont abandonné leur emplacement à la frontière de Minbij au régime syrien. Le régime d’Assad et des soldats russes sont entrés à Minbij. Les Etats-Unis ont approuvé cette démarche en gardant le silence. Après Minbij c’est à Afrin que les soldats russes ont protégé le YPG. Ils essaient ainsi de supprimer toute chance que la Turquie, n’ayant plus de frontière avec Daesh, frappe le YPG. D’autre part, la concurrence entre Washington et Moscou pour utiliser et prendre sous leur contrôle le PKK/YPG, continue.

          La politique de l’administration Trump concernant la Syrie n’est pas encore claire. Néanmoins, le Pentagone souhaite toujours utiliser les forces du PKK/PYD/YPG dans la lutte contre Daesh. La question de Raqqa risque de provoquer une crise majeure entre les deux pays. Le partenariat créé avec l’organisation terroriste et séparatiste PKK par le Commandement central des Etats-Unis (Centcom) pour sauver la mise, pourrait provoquer des ennuis aux Etats-Unis, à moyen et long terme. Si les Etats-Unis ne prennent pas en compte les sensibilités de la Turquie, ils auront de très faibles chances de réussir en Syrie. Même s’ils réussissent, il semble très difficile que la stabilité y soit instaurée.

          La Russie, de son côté, essaie d’attirer à ses côtés le PYD/YPG en promettant l’autonomie culturelle sous l’administration Assad. Le soutien apporté par la Russie au PYD/YPG en Syrie, n’est pas nouveau. Les relations entre la Russie et l’organisation terroriste PKK, dont le PYD/YPG est membre, remonte à près de 40 ans. Moscou a agi avec le régime Assad et le PYD lors du siège d’Alep. Aujourd’hui, la Russie ne veut pas que le PKK/PYD soit guidé par les Etats-Unis ou un autre pays. Pour Washington et Moscou, ce serait très risqué d’entrer à Raqqa avec le PKK/PYD/YPG ou de laisser Minbij au PYD. Laisser Raqqa, dont la population est majoritairement arabe sunnite et turkmène, au PYD marxiste/staliniste, et les crimes de guerre qui pourraient y être commis, pourraient provoquer une nouvelle guerre ethnique capable de durer plusieurs années.

          D’autre part, les opérations des opposants syriens à Damas et Hamaa, ne sont pas une simple activité militaire. Une nouvelle phase de conflits risque de se produire bientôt à Lattaquié et à Alep-ouest. Il ne faut pas sous-estimer la capacité de la Turquie à influencer les fronts et à collaborer avec les acteurs locaux en Irak et en Syrie. La Turquie a d’ores-et-déjà sauvé de la menace de Daesh sa frontière dans la lutte livrée contre Daesh. A ce stade, la priorité de la Turquie n’est pas Daesh mais le PKK. Il est absolument normal que la Turquie se concentre actuellement sur la structure du PKK en Syrie, qui constitue une menace directe à la sécurité de ses frontières.

          En fin de compte, le PKK/PYD est une organisation terroriste, prétendant avoir une idéologie staliniste. D’autre part, elle possède un vaste réseau d’alliés, comme les Etats-Unis, le régime Assad et l’Allemagne. C’est un tableau surréaliste. Le PKK/PYD rêve actuellement de fonder un Etat indépendant dans le nord de la Syrie. Il rêvait, il n’y a pas longtemps, de proclamer son autonomie en menant des actes terroristes, en creusant des fossés en Turquie. Malgré le soutien des acteurs étrangers, la fin de l’organisation terroriste PKK s’est terminée dans les fossés qu’elle avait creusés. L’histoire du Moyen-Orient est remplie de fins tragiques des sous-traitants espérant réaliser leurs propres objectifs avec les projets d’autrui. En fin de compte, le soutien périodique et partiel de Washington et de Moscou au PKK/PYD, ne le protégera pas de la Turquie. La coopération turco-russe qui s’est développée ces derniers temps peut influencer le changement de la nouvelle équation en Syrie. Pour ce faire, la Turquie doit d’un côté exposer sa force sur le terrain, et de l’autre maintenir une diplomatie intense avec Moscou et Washington.

          Au fond, le terrain est en grande partie bloqué dans le nord de la Syrie. Tous les acteurs attendent le référendum en Turquie. Malgré l’insistance du Pentagone, Donald Trump qui n’a pas encore réellement décidé d’une coopération avec le PYD, pourrait prendre sa décision selon les résultats du référendum en Turquie.



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