La lutte anti-Daesh et l’opération de Mossoul se poursuit en Irak

Analyse Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Atatürk

La lutte anti-Daesh et l’opération de Mossoul se poursuit en Irak

          La lutte anti-Daesh et l’opération de Mossoul se poursuit en Irak. Les Turkmènes, le peuple d’antan du pays, constitue une des notions importantes d’Irak. Nous allons analyser dans notre programme de cette semaine la situation actuelle des Turkmènes d’Irak.

          Les Turkmènes mènent leur vie dans les provinces situées entre Bassora, au sud d’Irak, jusqu’au nord vers Duhok. Ils vivent surtout à Kirkuk, mais aussi à Arbil, Mossoul, Salah ad-Din et Diyala. Par ailleurs, une forte population de Turkmènes vit dans la sous-préfecture Tazehurmatu affiliée à Kirkuk. A Mossoul, bien que les Arabes soient majoritaires, il y a également une forte population de Turkmènes. A Mossoul, les Turkmènes sont concentrés à Tall Afar, au chef-lieu, à Talqayf et Hamdaniyah. A Diyala, les Arabes sont majoritaires, mais ici aussi, les Turkmènes vivent en grand nombre. Kifri, Bakuba, Beledruz, Hanekin et Mukdadiye sont les régions où vivent des Turkmènes. Dans la province de Salah ad-Din, les Turkmènes sont concentrés à Tuzhurmatu. Les Turkmènes mènent leur vie à Tuzhurmatu-centre mais aussi dans les villages frontaliers d’Amirli et Suleyman Bey.

            Des grandes familles turkmènes vivent dans presque toutes les régions de la capitale Bagdad. D’après un calcul effectué sur la base des votes reçus par les candidats turkmènes à Bagdad dans les élections de 2010, nous estimons à près de 20.000 le nombre de personnes ayant conscience de leur identité turkmène. Il y a un grand nombre de Turkmènes à Arbil, soit près de 300.000. Les Turkmènes vivent majoritairement dans les quartiers Tadji, Mereke et Uc Tak, autour des remparts.

            La crise du Golfe en 1991 a engendré un vide de pouvoir au nord de l’Irak. Les mouvements politiques turkmènes ont commencé à se forger une base au nord de l’Irak après cette date. Comme elles gagnaient du terrain, les institutions politiques turkmènes sont devenues cibles d’attaques jusqu’en 2003. Les attaques contre le Front turkmène d’Irak (FTI) en 1996, 1998 et 2000 en sont les exemples les plus nets. Les attaques se sont également poursuivies sur les terres occupées par les Etats-Unis et les forces de la coalition. Les assassinats individuels ont aussi continué. Les attaques ont visé cette fois les membres du FTI et les leaders turkmènes. Plus de 10 leaders turkmènes ont été assassinés après 2003.

            Les Turkmènes d’Irak étaient le groupe ethnique ayant le plus souffert après la formation de l’Etat de l’Irak.  Après l’occupation américaine de 2003, les Turkmènes ont été la cible du terrorisme, des pressions politiques et de la polarisation politique. En raison de la diversité dans la géographie où ils vivent et de leur structure ethnique, les Turkmènes sont restés entre les feux des conflits ethniques, religieux, politiques et administratifs. Ils ont même été exclus des processus politiques jusqu’en 2009.

            Aussi bien en Irak qu’en Syrie, les Turkmènes ont été les plus grandes victimes du terrorisme de Daesh qui s’est déclenché en juin 2014 à Mossoul et propagé rapidement dans la région.

La coalition internationale conduite par les Etats-Unis a lancé des raids aériens contre Daesh mais ces derniers n’ont pas réussi à mettre fin à l’hégémonie de Daesh. D’après une étude faite par l’Organisation internationale pour les migrations, 1,8 millions de Turkmènes, Arabes sunnites, Yézidis, Chrétiens et Shabaks vivant dans 1.634 lieux d’habitation d’Irak ont été contraints de quitter leur domicile depuis le début de l’année 2014 jusqu’en septembre, en raison de Daesh et des opérations anti-Daesh.

Le plus grand problème des Turkmènes dans le domaine politique est celui de sa représentation au gouvernement. Ce problème n’a toujours pas été résolu. En raison de la décision prise par le gouvernement irakien qui vise à diminuer le nombre de ministères et d’unir certains ministères, les Turkmènes ont perdu en août 2015 le seul ministère qu’ils détenaient. Le ministère irakien des Droits de l’Homme dont était chargé Mohammed Mehdi Beyati, a été dissous suite à la décision du gouvernement irakien. Par conséquent les Turkmènes n’étaient plus représentés dans le gouvernement.

Les Turkmènes d’Irak, particulièrement ceux de Kirkuk et de Mossoul, doivent d’une part, faire face au terrorisme de Daesh, et de l’autre, attendent une solution à leurs problèmes politiques. Outre le drame humanitaire, le fait que les Turkmènes soient sous sérieuses menaces, chargent la Turquie et le monde turcophone d’une importante responsabilité de congénère. En tenant compte de cette responsabilité, le monde turcophone doit entreprendre les démarches en Irak et sur l’arène internationale concernant les Turkmènes d’Irak. Il est essentiel de placer sous la garantie constitutionnelle les droits des Turkmènes d’Irak et de préparer un fondement pour la création de leurs propres forces armées pour qu’ils puissent se protéger. Malheureusement, les Turkmènes sont la seule communauté parmi les notions ethniques-religieuses importantes, dépourvue d’un mécanisme de défense. De ce point de vue, il est important que la Turquie et le monde turcophone prennent une initiative.



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