Les répercussions des pourparlers d’Astana et de la crise syrienne.

Etude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en relations internationales à l’université Ataturk...

Les répercussions des pourparlers d’Astana et de la crise syrienne.

          Les pourparlers de paix pour la Syrie qui se sont déroulés dans la capitale du Kazakhstan à Astana, parrainés par les pays garants la Turquie, la Fédération de Russie et de l’Iran, se sont généralement soldés dans une ambiance positive. Dans notre programme de cette semaine, nous allons analyser les répercussions des pourparlers d’Astana et de la crise syrienne.

          Les pourparlers de paix pour la Syrie qui ont débuté le 23 janvier 2017 dans la capitale du Kazakhstan à Astana, et parrainés par les pays garants la Turquie, la Fédération de Russie et de l’Iran, se sont généralement soldés dans une ambiance positive. Nous devons dire que cette réunion est le résultat de la déclaration commune faite le 20 décembre à Moscou par les ministres des Affaires étrangères des pays garants de cette réunion. En réalité les pourparlers d’Astana sont l’indicateur concret et la réussite de la volonté pour la normalisation des relations bilatérales exposée par le président de la République turque Recep Tayyip Erdogan et le chef d’Etat russe Vladimir Poutine. La volonté et la détermination d’Erdogan et de Poutine sont nécessaires concernant l’avenir du cessez-le-feu et la transformation de ce dernier en un processus politique.

          Honnêtement, il n’y avait pas une grande attente des parties lors des entretiens d’Astana. Car le principal but des pourparlers d’Astana, était de transformer la trêve décrétée le 30 décembre en une trêve permanente et d’assurer la formation des mécanismes parrainés par les trois pays garants pour la poursuite de ce cessez-le-feu. Les pourparlers de paix à Astana et la trêve ont une plus grande chance que les précédents cessez-le-feu car  les trois pays garants sont les trois pays les plus influents dans la crise syrienne.

          Les sujets dont la résolution est difficile, n’ont pas été abordés à Astana dans une première étape. Les entretiens se sont uniquement intensifiés sur la trêve qui constituera les conditions de la solution politique. Daesh et Al Nosra ont été tenus à l’écart du cessez-le-feu. Le PYD-YPG, branche syrienne et l’organisation terroriste PKK, n’a pas été intégré au processus d’Astana sur la demande de la Turquie. La branche politique et militaire de l’Assemblée Turkmène de Syrie, a représenté les Turkmènes de Syrie à Astana.

          Les parties ne sont encore qu’au point de départ dans les entretiens de paix pour la Syrie. L’agenda des entretiens pour les prochaines étapes du processus, doit prioritairement se clarifier. D’après ce que j’ai constaté, cet agenda n’est pas encore prêt. Un mécanisme tripartite Turquie-Russie-Iran a été formé pour l’application et la supervision du cessez-le-feu d’une manière compréhensive. Ce mécanisme est très important pour une poursuite saine de la trêve. Lors du processus à venir, il y a certaines choses à faire avant que les entretiens sur les sujets politiques ne commencent. Toutes les parties doivent accomplir leurs responsabilités découlant du cessez-le-feu, les aides humanitaires doivent être acheminées aux civils qui vivent dans les régions assiégées, et les prisonniers politiques doivent être libérés.

          Lors du processus à venir, les pays garants doivent séparer le PKK/PYD/YPG, Daesh et le front Al Nosra, des autres groupes. De toute façon ces trois organisations terroristes n’étaient pas présentes à la table des négociations à Astana. Le texte d’accord signé entre la Turquie, l’Iran et la Russie réfutent les demandes ‘d’indépendance’, de ‘fédération démocratique’ et autres demandes du PKK/YPG au nord de la Syrie. Il est de notoriété publique que le YPG est la branche syrienne de l’organisation terroriste PKK. Nous savons également que les forces démocratiques syriennes sont composées à près de 90 % des membres du YPG. Le dossier du YPG concernant les violations des droits de l’Homme, est déjà assez chargé. Comme vous vous en rappellerez, des centaines de milliers de personnes ont été contraints de se déplacer à cause des attaques perpétrées par le YPG dans la ville de Tell Abyad au nord de Raqqa. C’est pourquoi, il faut que le PYD-YPG se retire immédiatement à l’Est de l’Euphrate. Il est également primordial que l’on empêche qu’il se réfugie à long terme à l’Est de l’Euphrate. La communauté internationale doit désormais mettre fin à son silence face aux crimes commis par le YPG, qui sont caractéristiquement une violation des droits de l’Homme selon les articles de la cour pénale internationale et du traité de Genève.

          La priorité des Turkmènes de Syrie dans l’avenir de ce pays, est d’obtenir un statut juridique. Aucun statut n’a été accordé aux Turkmènes de Syrie dans les accords d’Ankara en 1921, de Lausanne en 1923 et dans celui signé entre la Turquie et la France en 1939. Cette situation est due au fait qu’à l’époque l’approche sur les minorités se faisait sur la base de la religion et au fait que les Turkmènes de Syrie vivaient au sein d’un pays à majorité musulmane. Par conséquent, à l’heure actuelle, les Turkmènes n’ont pas de statut juridique différent comme entité directe en Syrie.

          Le fait que toutes les démarches relatives aux Turkmènes de Syrie qui ont été effectuées, assure des acquis à long terme, dépend de la solidité du statut juridique. Au sujet des statuts, le ‘statut de population locale’ obtenu comme droit constitutionnel en 2014 par les Tatars de Crimée en Ukraine, est un modèle pris comme exemple et réclamé par les Turkmènes. En conclusion, le statut juridique apportera de l’objectivité aux Turkmènes. Quant à la situation actuelle des Turkmènes en Syrie, elle est malheureusement subjective. C’est pourquoi, les Turkmènes ont déterminé l’acquisition d’un statut comme objectif principal. Car, le statut juridique signifie un titre de propriété pour les années à venir (même s’il est rayé).

          En conclusion, les pourparlers d’Astana représentent un petit mais brillant pas dans la voie pour la résolution de la crise syrienne. Toutefois, il n’est pas très possible d’affirmer à la suite des pourparlers d’Astana, que nous sommes proches d’une solution politique. Car, les vrais chapitres problématiques entre les parties, seront abordés lors des négociations politiques. 



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