Quelle doit être la stratégie des Turkmènes de Syrie

Etude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en relations internationales à l’université Ataturk

Quelle doit être la stratégie des Turkmènes de Syrie

          Dans le cadre des processus d’Astana-Genève, tout acteur en Syrie revoit sa position et renouvelle ses stratégies. Quelle doit être la stratégie des Turkmènes de Syrie.    

          Dans le cadre des processus de Genève-Vienne, une nouvelle période était espérée en Syrie en 2016 mais en vain. En 2017, des discussions de paix pour la Syrie ont été menées à la capitale kazakhe, Astana, à l’initiative de la Russie et de la Turquie. Elles vont ensuite continuer à Genève. Il y avait à Astana, l’Assemblée turkmène de Syrie pour représenter les Turkmènes syriens. Analysons cette semaine ce que doit être la stratégie des Turkmènes.

          Les Turkmènes qui sont un peuple ancien vivant en Syrie, sont dans cette région depuis le septième siècle. Ils sont présents sur une vaste zone en Syrie. On observe une présence turkmène à Alep, Lattaquié-Idlib (Bayirbucak), Homs, Hama, Tartous, Raqqa, Dera, Damas et Golan. Depuis des siècles, les Turkmènes de Syrie se battent pour préserver leur territoire et identité.

          La lutte des Turkmènes de Syrie a commencé en 2011 lors du soulèvement populaire contre le terroriste d’Etat du régime Assad. Depuis 2011, le régime Assad a bombardé plusieurs fois les habitations turkmènes situées à Alep, à Bayirbucak et à la frontière libanaise. Près de 100.000 Turkmènes ont perdu la vie suite à ces bombardements. Les Turkmènes affirment que des milliers de personnes sont à l’heure actuelle soit portées disparues soit en garde à vue.

          Depuis 2011, les Turkmènes ont lutté contre les organisations terroristes Daesh, PKK, YPG, le régime Assad et ses alliés. La présence des Turkmènes se poursuit depuis plusieurs siècles en Syrie séparément du peuple syrien. La Syrie compte environ 1,5 million de Turkmènes qui parlent la langue turque. Avec ceux qui ont oublié cette langue, la Syrie compte en tout une population totale de 3 millions de Turkmènes. La présence turkmène en Syrie est également confirmée par les archives impériales turques et celles du mandat français sur la Syrie.

          Ayant perdu leurs droits culturels depuis longtemps, les Turkmènes subissent la violation des droits de l’homme et des massacres. La communauté internationale doit montrer sa réaction à cette situation.

          L’internationalisation des Turkmènes de Syrie peut être un important pas à lancer afin de pouvoir arriver au but dans ce sens. En premier lieu, l’opinion publique mondiale doit être informée sur le fait que les Turkmènes représentent un autre peuple que celui syrien.         

          Il faut également étudier ce sujet du point de vue du droit international. Les traités d’Ankara (1921) et de Lausanne (1923) ainsi que l’accord turco-français (1939) ne prévoyaient aucun statut pour les Turkmènes en Syrie. Cette situation est également en lien avec le fait que la perception de la minorité se faisait sur la base religieuse et que la majorité des Turkmènes de Syrie se trouvaient dans les frontières d’un pays musulman. Par conséquent, les Turkmènes de Syrie n’ont pas de statut juridique spécial en tant qu’ « entité direct » en Syrie. C’est pourquoi, le premier objectif des Turkmènes de Syrie doit être d’obtenir un statut juridique. Pour cela, en tant qu’acteur différent des autres notions constituant la Syrie, ils doivent prendre part à la table des négociations en dehors du « parapluie » actuel. S’ils arrivent ici à acquérir un droit dans ce sens, ce sera un exemple pour les Turkmènes d’Irak. 

          Il faut montrer le plus rapidement possible à la communauté internationale que les Turkmènes de Syrie sont démocratiques, laïcs et modernes, qu’ils n’ont aucun problème avec l’occident et ses valeurs, et qu’ils respectent toutes les notions ethniques-religieuses de la région.  Les Turkmènes de Syrie qui représentent un acteur plus occidental-laïc par rapport aux autres notions en Syrie, susciteront l’intérêt de l’opinion publique occidentale. Pour soutenir cette thèse, les leaders du milieu soufi-islamique des Turkmènes peuvent jouer un rôle au premier plan. Ainsi les Turkmènes auront une réponse favorable bien plus rapide à leurs thèses en montrant qu’ils peuvent lutter contre les notions mécréantes telles que Daesh, non seulement sur le terrain, mais aussi dans tous les domaines.

          Par ailleurs, les archives de l’Empire turc mais également ceux du mandat de la France sont très importantes pour les Turkmènes du point de vue de la preuve de l’existence ancienne des Turkmènes en Syrie et afin que ces derniers obtiennent un statut juridique. Un projet concernant l’étude, la publication et l’information du public au sujet des documents relatifs à ces archives, pourrait être bénéfique.

          Le fait que toutes les démarches qui seront effectuées concernant les Turkmènes de Syrie, apportent un acquis,  est lié à la solidité du statut juridique. Concernant le statut juridique, le ‘statut de population locale’ obtenu en 2014 comme un droit constitutionnel par les Tatars de Crimée en Ukraine, peut être pris comme exemple. Toujours concernant le statut juridique, le statut du Kosovo alors qu’il était une région autonome au sein de la Serbie, celui des Turcs de Thrace occidentale et celui des non-musulmans en Turquie, peuvent être étudiés comme référence.

          En conclusion, le statut juridique apportera de l’objectivité envers les Turkmènes. Quant à la situation actuelle des Turkmènes de Syrie, elle est subjective. Tant que la situation subjective persistera, aucun autre pays hormis la Turquie, ne s’intéressera et ne prêtera attention aux Turkmènes. Quel que soit ce qu’il se passe, l’objectif principal des Turkmènes, devrait être d’obtenir un statut juridique. Le statut juridique signifie un titre de propriété pour les années à venir (même s’il est rayé).



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