Le Congrès des intellectuels musulmans d'Europe (étude)

Une étude du Prof. Dr. Kudret Bulbul, Doyen de la Faculté des Sciences politiques de l’université Yildirim Beyazit d’Ankara

Le Congrès des intellectuels musulmans d'Europe (étude)

Une étude du Prof. Dr. Kudret Bulbul, Doyen de la Faculté des Sciences politiques de l’université Yildirim Beyazit d’Ankara. 

 

Dans le cadre de l’islam européen, nous avions dit que certains écrivains et Etats occidentaux abordaient la question de leur point de vue et portaient la question sur une dimension sécuritaire. Par des institutions qu’ils ont créées comme le Conseil islamique, ils discutent des questions qu’ils considèrent comme des problèmes. En effet, la structure, les membres et les opinions exprimées dans ce type de conseils peuvent souvent ne pas être des questions adoptées par les musulmans et considérés comme des problèmes par ces derniers. Si c’est le cas, on pourrait s’attendre à ce que les musulmans maitrisent mieux leur agenda et s’expriment plus fortement.  

Certes il y a et il y aura plusieurs travaux qui reviennent aux musulmans pour mieux maitriser leur agenda en Occident. Je vais parler de seulement du Congrès des intellectuels musulmans que je considère important.

Les congrès annuels

A cause des victimes provoquées par les processus de globalisation et des objectifs impérialistes, (comme en Syrie), il y a de grandes migrations humaines. Durant ce processus, des modes de vie considérés autrefois comme des éléments folkloriques dans des lieux lointains, sont aujourd’hui entremêlés. Cet état d’entremêlement génère une certaine incertitude, une peur et une réaction. Dans ce type de situation, il sera très profitable que les immigrés s’expriment de vive voix pour éviter de faire face à des agendas non-souhaités et aussi réduire les préoccupations vis-à-vis d’eux.

Dans ce contexte, les intellectuels musulmans vivant en Europe, peuvent créer une plateforme et organiser des congrès annuels. Ces congrès peuvent être tenus dans des capitales européennes comme Paris, Londres, Berlin ou Bruxelles. Ces congrès peuvent porter aussi bien sur des sujets qui permettraient aux musulmans de mieux s’exprimer que sur des questions débattues largement en Europe ou par l’humanité. Dans ce contexte, le terrorisme, le racisme, l’islamophobie, la liberté d’expression, l’éducation, la famille, la jeunesse, la cohabitation, l’usage de stupéfiants, les meurtres dans les écoles et l’enlèvement par la force des enfants à leurs familles sont les principaux sujets qui nous viennent à l’esprit. 

Outre les intellectuels musulmans, il sera très juste d’inviter à ces congrès les personnalités prééminentes de la ville d’accueil, à savoir les gouverneurs/maires, responsables d’Etat et d’instances publiques. Cela évitera que le congrès soit un congrès fermé. Si les problèmes sont partagés, il sera plus profitable de chercher des solutions avec des fractions différentes qui partagent la même région.

La publication d’un communiqué chaque année par le congrès sera très juste pour montrer ce qui est considéré comme un problème et indiquer une issue pour une solution qui est la bonne selon eux.  

Pourquoi des intellectuels musulmans ?

Certes ces congrès peuvent aussi être organisés par des religieux, représentants d’ONG, d’hommes d’affaires, de culture et de politique. Il sera profitable qu’ils en organisent aussi. En outre, les intellectuels sont des personnes qui peuvent se retrouver avec différentes fractions de la société dans différents endroits et qui peuvent facilement dialoguer avec elles. Du moins c’est à quoi on pourrait s’attendre. D’autre part, les questions qui seront discutées aux congrès auront des dimensions religieuses, sociologiques, psychologiques, politiques, économiques, culturelles etc. C’est pourquoi il sera plus opportun que le congrès soit celui des intellectuels avec des sessions qui réuniraient les religieux, représentants d’ONG, hommes d’affaires, de culture et de politique.  

Les éventuelles contributions du congrès

Un tel congrès des intellectuels musulmans, rassemblant également des responsables d’Etat et des parties concernées, pourra produire des résultats positifs sur plusieurs points.

Du point de vue des communautés musulmanes : malheureusement, les intellectuels musulmans vivant en Europe n’arrivent pas à se retrouver très souvent sur les mêmes plateformes. Ils interviennent plutôt sur des plateformes régionales, nationales ou religieuses. Les problèmes en Europe sont des problèmes en commun mais il faut chercher les solutions plutôt dans les traditions différentes, les expériences d’autres pays et les organisations locales.  Le congrès donnera d’abord la chance aux intellectuels musulmans de discuter en détail de leur problème. Les musulmans vivent sous différentes appartenances à savoir, nationales, idéologiques, ethniques, confessionnelles, séculaires ou communautaires. Certains ont tendance à transférer en Europe (aux Etats-Unis ou en Australie), les solutions, traditions et coutumes qui ont une signification dans leur pays d’origine. Un tel congrès peut produire des résultats significatifs afin de développer une perspective ou une approche supérieure et commune aux questions. 

D’autre part, un tel congrès ou une telle plateforme permettra de mettre en avant plan, les personnes ayant l’autorité d’intervenir au nom des musulmans. Etant donné que le congrès permettra aux intellectuels musulmans de spécifier ce qui leur parait problématique et ce qui est leur proposition de solution, il affaiblira les quêtes de solution qui ne seront pas les leurs.

Du point de vue des pays concernés : Certains pays qui comptent de nombreux musulmans, discutent des questions qui intéressent les musulmans pour parfois les comprendre, parfois les manipuler, parfois produire des solutions et parfois les assimiler. Un tel congrès servira aussi aux pays souhaitant produire des solutions avec bonne foi, en voyant les opportunités et les questions que présente la cohabitation. Il obstruera les réflexes visant à identifier des problèmes au nom des musulmans et produire ou plutôt imposer des solutions.

Du point de vue de la société dans laquelle ils vivent : Les pays occidentaux qui n’ont pas une grande expérience de cohabitation dans leur histoire, peuvent, naturellement avoir une curiosité et des préoccupations concernant les acteurs extra-étatiques, les ONG, les intellectuels, les individus et les communautés musulmanes. Par l’intermédiaire d’un congrès, les intellectuels musulmans pourront répondre dans une certaine mesure à ces préoccupations et curiosités, en dévoilant leur identité, leur réflexion et leur point de vue sur des questions d’actualité. Si les intellectuels musulmans ne répondent pas directement aux préoccupations vis-à-vis d’eux, d’autres y répondront forcément d’une certaine manière et généralement de façon incorrecte.

Ce type de congrès peut produire des pratiques et appréhensions significatives pas seulement en Europe mais dans toutes les régions où les musulmans forment des minorités. Dans ce contexte, on pourrait songer à organiser des Congrès d’intellectuels musulmans dans d’autres régions comme l’Afrique, les Balkans ou l’Australie. Aux Etats-Unis, des congrès qui ne sont pas exactement comme nous l’avons décrit, sont déjà organisés et apportent des contributions.



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