Alija: La gloire au moment du retrait

Une étude du Prof. Dr. Kudret Bulbul, doyen de la Faculté des Sciences politiques de l’université Yildirim Beyazit d’Ankara

Alija: La gloire au moment du retrait

Alija: La gloire au moment du retrait

Alija: La gloire au moment du retrait

Au 20ème siècle, la situation s’est retournée contre les musulmans, les villes musulmanes ont été une à une occupées, la mort, l’oppression et la contrainte ont plané sur ce siècle. Alija Izetbegovic est une des rares personnalités ayant réussi, dans un tel siècle, à présenter à l’humanité la beauté de sa civilisation malgré les conditions difficiles. Dans un siècle où la pensée islamique n’est quasiment plus une alternative, il a voué sa vie à résoudre les questions par la pensée islamique.

Prime jeunesse, premières années de prison : Mladi Muslimani

Alija Izetbegovic est né en 1925. Il porte le même nom que son grand-père qui fit connaissance avec une femme turque, Siddika hanim, lorsqu’il était soldat à Uskudar à Istanbul. C’est peut-être la raison pour laquelle je ressens des choses très similaires concernant Alija et Uskudar, un des plus anciens et des plus beaux quartiers d’Istanbul, Uskudar : le calme, la maturité, la sagesse et la grâce découlant des profondeurs de l’histoire.

Les années de son enfance et sa jeunesse sont probablement les années les plus tumultueuses de l’histoire mondiale. La fin de la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit de la période la plus cruelle pour les musulmans en général et particulièrement pour les musulmans des Balkans. Les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale sont l’Occident qui a battu le fascisme et le nazisme qui avaient émergé en son sein ainsi que la Russie stalinienne dirigée par le communisme. L’islam n’était plus une alternative depuis 200 ans notamment dans les Balkans, suite à la régression de l’Empire ottoman puis sa partition. C’est dans une telle atmosphère qu’Alija a lancé le mouvement « Mladi Muslimani » (le mouvement des Jeunes musulmans) avec ses amis lorsqu’il étudiait au lycée. L’association/le mouvement tentait d’un côté de créer une conscience islamique entre les membres, et de l’autre, de panser les blessures ouvertes par la guerre. Mais ces efforts n’étaient pas appréciés par le régime athéiste et communiste de cette région. Alija fut condamné à cinq ans de prison dans sa prime jeunesse.

Alija entre l’Orient et l’Occident

Après la prison, Alija a poursuivi les travaux qu’il jugeait bénéfique pour le peuple et l’humanité. Il poursuivait sa vie quotidienne tout en étant dans un effort intellectuel pour surmonter les difficultés philosophiques de son époque. Son ouvrage « l’Islam entre l’Orient et l’Occident », est une critique à l’Orient et à l’Occident dans le cadre de la vaste vision de l’islam que défendait Alija. C’était plus exactement l’appel à cohabiter lancé à l’Orient et à l’Occident. Il félicite les développements positifs en Occident tout en les critiquant. « Lorsque je vais en Europe, je ne baisse pas la tête. Car nous n’avons pas tué de femmes, d’enfants et de vieillards. Car nous n’avons attaqué aucun lieu saint. Alors que eux, ils l’ont fait. Et ce, devant les yeux de l’Occident, au nom de la civilisation occidentale ».

D’après Alija, les problèmes fondamentaux du monde islamique, sont le détachement, le manque d’éducation et la différence entre le discours et l’action. Alija disait « l’islam est, pour moi, le nom de tout ce qu’il y a de plus beau et de plus honorable » et lançait par ces termes un appel aux musulmans pour faire face à eux-mêmes : « C’est un fait que l’islam est parfait. Mais nous, nous ne le sommes pas. Ce sont souvent deux choses que nous mélangeons » et propose une solution : « Pour être l’enseignant du monde il faut être l’étudiant des cieux ».

Les années de guerre…

Alija a de nouveau été emprisonné pour son livre « Manifeste de l’islam » paru avant la nouvelle dislocation des Balkans. Il a été condamné à 14 ans de prison. Après avoir purgé une peine de 5 ans, il a été relâché par une amnistie en 1988. En 1990, il a fondé le Parti d’action démocratique. Alija est devenu le premier président de son pays, après avoir remporté le scrutin. La Bosnie-Herzégovine a proclamé son indépendance de la Yougoslavie en 1992. L’Occident, qui soutenait auparavant la lutte pour l’indépendance de la Croatie et de la Slovénie, a comme toujours agi avec hypocrisie et abandonné les Bosniaques face aux attaques des Serbes. Le résultat a été des centaines de milliers de morts, de blessés, l’exil, l’immigration, la faim, le sang. Les Bosniaques ont été victimes d’un génocide commis ouvertement devant les yeux de l’humanité à la fin du 20ème siècle.

Alija est devenu un leader connu par le monde entier pendant la guerre. Malgré toutes les contraintes, il a montré au monde entier comment une résistance humaine/musulmane peut être menée avec la sagesse découlant de la pensée islamique et de la souffrance qu’il a subie. Les réponses qu’il a données face aux réactions rebelles des individus sur la vengeance à tirer des Serbes qui ont tué des femmes, enfants et vieillards bosniaques, sont comme les règles d’or de l’éthique de guerre :

“Nous n’avons qu’une seule dette envers nos ennemis : la Justice »

« Les Serbes ne sont pas nos enseignants »

« Ce n’est pas lorsque nous sommes vaincus, mais lorsque nous ressemblons à nos ennemis que nous perdons une guerre »

Pendant la guerre, un reporter allemand lui a demandé : « Pourquoi n’avez-vous pas ordonné la vengeance face à toute cette cruauté, est-ce en raison de la civilisation occidentale dont vous faite partie ? ». Sa réponse démontre à quel point il a intériorisé la pensée islamique : « Le Livre auquel je crois ne l’autoriserait pas ».

Si les idéaux d’Alija sont inachevés en Bosnie, ce n’est pas en raison de l’insuffisance d’Alija ou de ses idéaux, mais parce que le monde contemporain dirigé par les Etats-Unis supporte si peu une communauté ou un Etat musulmans au milieu de l’Europe.

Son héritage…

« Ils nous ont enterré. Mais ils ne savaient pas que nous sommes des graines ». Alija peut avoir cité ces mots pour les Balkans. Mais cela concerne aussi l’histoire de 200 ans des musulmans. Dans cette période de retrait de 200 ans, nous n’avons malheureusement pas eu beaucoup de leaders capables de sortir de la terre telle une perce-neige en prenant racine dans des conditions difficiles.

Comme nous l’avions évoqué dans nos articles précédents sur « le positionnement face à l’Occident », seuls des points de vue ou des dirigeants dotés d’un bon sens et ayant une approche critique et analytique peuvent proposer une solution. Alija est comme Said Halim Pacha, Ikbal, Akif, Rachid al-Ghannouchi, une des rares figures à se concentrer sur le message donné par l’islam à l’humanité dans cette époque et évoquant l’islam dans la perception de ce siècle.

Les leaders qui commettent d’erreurs en erreurs en raison de toutes les oppressions et des conditions difficiles, qui expriment leur message avec dureté ; et dont la vision ne dépasse pas leur tribu, leur pays, leur peuple, n’ont pas grand-chose à donner. Les musulmans mais aussi le monde entier ont si besoin de leaders comme Aliya qui, malgré toute la cruauté à laquelle ils ont été confrontés, tiennent un discours basé sur le calme, la maturité, la sagesse, la raison et la grâce de la pensée islamique et pas avec la haine.

 

 



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