L'ambiguïté d'une solution à la question chypriote

Le leader chypriote grec Anastasiadis a saboté les négociations du 15 février 2017 et les a quittées en violant toutes les pratiques et règles diplomatiques

L'ambiguïté d'une solution à la question chypriote

Selon des informations parues dans la presse chypriote grecque, les négociations chypriotes qui sont interrompues vont reprendre en avril après une initiative de l’ONU. Comme nous nous en souviendrons, le leader chypriote grec Nicos Anastasiadis avait décidé de célébrer l’Enosis (annexion de Chypre à la Grèce) pendant les négociations tenues le 15 février 2017 à Lefkosa, quittant ainsi les discussions en violant toutes les règles diplomatiques. En plus des problèmes qu’a entrainés le leader chypriote grec par des demandes excessives sur les territoires, les propriétés, les garanties et le partage de l’administration et du pouvoir, il a obstrué les pourparlers chypriotes en décidant de célébrer l’Enosis.

L’ONU a depuis environ 50 ans, pris part aux négociations chypriotes dans le cadre de sa « mission de bonne volonté », soit en tant que médiateur, soit observateur soit elle a été l’instance qui a mené les discussions. Mais la réponse de la partie chypriote grecque aux pourparlers a été d’armer son peuple, de massacrer des centaines de Turcs avant et après 1974 et de détruire leur lieu d’habitation, y compris les mosquées. Face à tout cela, l’ONU a été inefficace à prévenir les oppressions et massacres des Chypriotes grecs. Les négociations bilatérales lancées en 1977 ont duré jusqu’en 1980 mais aucun résultat n’a été obtenu à cause des raisons qui sont de notoriété publique. 

L’intervention à nouveau de l’ONU dans les pourparlers chypriotes a eu lieu en 1984. Dans le cadre d’une mission de bonne volonté, le secrétaire général de l’ONU a rencontré séparément les responsables chypriotes turcs et chypriotes grecs, puis les a invités à Vienne pour des discussions. Le secrétaire général a présenté aux parties, les documents appelés « Les notes de travail de Vienne ». Depuis ce jour, certaines dimensions de la question chypriote ne sont pas abordées séparément mais dans un ensemble indivisible. Ainsi, les pourparlers chypriotes auxquels l’ONU a pris part à certains intervalles, ont continué et la première initiative sérieuse a été lancée en 2004.

Le 10 février 2004, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a envoyé une lettre aux parties concernées sur l’île (les deux parties de l’île ainsi que la Turquie et la Grèce), les invitant à New York pour lancer le processus de négociation. Les parties ont approuvé la proposition du secrétaire général de l’ONU. Les entretiens tenus entre les 10 et 13 février 2004 à New York ont marqué des progrès grâce aux efforts affirmatifs et constructifs de la partie turque, permettant de relancer les négociations chypriotes.

Le consensus établi à New York envisageait des négociations sur le plan Annan entre les parties chypriotes turques et grecques et la participation de la Turquie et de la Grèce en cas de désaccord. Selon le consensus, le secrétaire général de l’ONU allait user de son droit pour produire des formules sur les désaccords et les remettre séparément aux parties afin qu’elles soient soumises le même jour au référendum dans les deux parties. L’objectif était d’avoir ainsi un Etat chypriote uni avant le 1er mai 2004 et d’assurer son adhésion à l’UE. Cependant le référendum tenu le 24 avril 2004 a été approuvé à 65% dans la partie turque mais il a été rejeté à 75% dans la partie chypriote grecque. Or, le secteur chypriote grec qui a obstrué la solution, a été récompensé par l’UE et son adhésion a été approuvée.

Ces négociations avaient été menées selon l’égalité politique, le bicommunautarisme, les statuts égaux et le partenariat de deux Etats fondateurs qui sont des paramètres onusiens. Toutefois, malgré l’approche positive de la partie chypriote turque pour une solution proposée par l’ONU, les Chypriotes grecs n’y ont jamais été favorable et ils ont refusé de partager un avenir commun avec les Chypriotes turcs. L’administration chypriote grecque n’a été favorable à rien d’autre qu’à reconnaitre des droits de minorités aux Turcs de Chypre et à se comporter avec les Chypriotes turcs comme des personnes de seconde classe. Mais tout au long de ce processus de négociation, l’ONU n’a appliqué aucune sanction contre la partie chypriote grecque qui a empêché toute solution juste et équitable à Chypre. Elle ne l’a même pas condamnée. Tout cela n’a servi à rien d’autres qu’à multiplier la brutalité, la discourtoisie et les demandes excessives des Chypriotes grecs.

Dans ce cas l’histoire va-t-elle se répéter ? L’ONU va-t-elle servir les intérêts des Chypriotes grecs en relançant les négociations ? Quand est-ce que l’ONU a réussi à résoudre une question dans n’importe quel endroit de la planète pour qu’elle se mette en quête d’imposer une solution de façon aussi désireuse pour la question chypriote ? L’ONU aurait-elle comme intention de forcer la partie turque à faire des concessions ? Car c’est le leader chypriote grec Anastasiadis qui a saboté les négociations du 15 février 2017 et les a quittées en violant toutes les pratiques et règles diplomatiques. Si l’ONU va faire quelque chose de sérieux, ne doit-elle pas d’abord demander des comptes pour cela ? Autrement toutes les initiatives de l’ONU ne serviront à rien d’autre qu’à pousser le Secteur chypriote grec vers l’extrémisme et la grossièreté. D’ailleurs tous ces incidents ne vont que faire disparaitre davantage le prestige qu’il reste à l’ONU.  



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