Le racisme devient ordinaire dans l'Est de l'Allemagne

Analyse du racisme dans l'ESt de l'Allemagne, où l'extrême droite continue de gagner du terrain

Le racisme devient ordinaire dans l'Est de l'Allemagne

"Les collègues n'aiment pas trop les étrangers. Je suis quasiment seule avec mes opinions", glisse Elisabeth, en se rendant dans la maison de retraite où elle travaille.

A Francfort-sur-l'Oder, en ex-RDA, les migrants sont presque invisibles mais un racisme désormais ancré favorise les populistes à quelques mois des élections législatives.

Collée à la frontière germano-polonaise, à une centaine de km de Berlin, cette ville moyenne porte encore les stigmates de l'urbanisme communiste, avec ses grandes barres HLM, pour beaucoup en piteux état.

En 1989, à la chute du Mur, cette cité du Brandebourg comptait 87.000 habitants. Vingt-sept ans plus tard, ils ne sont plus que 58.000 à vivre dans une cité qui, à l'image de tout l'Est du pays, affiche un taux de chômage presque deux fois plus élevé que la moyenne nationale, à 10%.

Dans le centre, peu ou pas de réfugiés. Francfort sur l'Oder accueille environ 700 demandeurs d'asile, pour 1.400 étrangers au total, explique Thomas Klähn, du réseau d'aide aux migrants "Vielfalt staat Einfalt", fondé en 2014, lors des premiers succès des nationalistes de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD).

 

- 'Racisme structurel' -

 

Partout à l'Est, les étrangers sont globalement peu nombreux. En 2015, année où le pays a accueilli 890.000 migrants, l'Allemagne en comptait 9,1 millions, dont à peine 476.000 dans les cinq régions d'ex-RDA (Brandebourg, Mecklenbourg-Poméranie occidentale, Thuringe, Saxe-Anhalt et Saxe), selon l'Office allemand des statistiques.

C'est pourtant là que la xénophobie s'est tôt enracinée, comme l'ont montré des émeutes xénophobes dans les années 90, la naissance du mouvement islamophobe Pegida en 2014 à Dresde, en Saxe - région connue pour ses nombreuses agressions racistes -, ou encore l'implantation du parti néonazi NPD (264 élus à l'Est fin 2016 contre 74 à l'Ouest).

Rien que dans le Brandebourg, les autorités ont recensé l'an dernier 72 attaques contre des foyers de réfugiés et 264 contre des migrants.

"Il y a un problème est-allemand", un racisme "structurel" qui s'enracine dans l'ex-RDA, région qui a vécu longtemps avec "régime autoritaire" qui "n'a pas convenablement intégré les étrangers", juge le politologue Hajo Funke.

Un grand "ressentiment", dont l'AfD profite, est né suite aux "promesses sociales" non tenues après la chute du Mur, poussant "les enfants de la Réunification vers l'extrême droite", comme le groupuscule néonazi de la Clandestinité national-socialiste (NSU), accusé de meurtres racistes dans les années 2000 et originaires de l'Est, dit-il.

- 'Désillusion' -

 

"Je ne pense pas que (les Allemands de l'Est) soient plus racistes qu'à l'Ouest", conteste Wilko Möller, patron de l'AfD locale, qui pointe la "désillusion" qui a suivi la Réunification.

Aux municipales de 2014, sa formation a obtenu cinq sièges. Le parti anti-immigration et anti-islam a un "potentiel énorme" dans la région, se félicite ce policier.

Porté par la crise des réfugiés et le Brexit, le parti a enregistré de bons scores aux scrutins locaux précédents. Malgré un tassement au niveau national, il garde dans cette région du Brandebourg le vent en poupe, avec environ 20% d'intentions de vote.

Alléché par ce potentiel, Alexander Gauland, l'un des caciques de l'AfD connu pour ses saillies antiréfugiés, a choisi la "Francfort de l'Est" pour se présenter aux législatives du 24 septembre qui s'annoncent délicates pour la chancelière Angela Merkel, fragilisée par sa main tendue aux migrants.

Dans le quartier populaire de Neuberesinchen, Gerd, 61 ans, tire sur son cigare au pied d'un immeuble sombre et décati. Électeur de gauche, il trouve que Merkel "aurait dû s'y prendre autrement" avec les réfugiés et voit plutôt en l'AfD un rempart face aux plus extrémistes: "ils ne veulent pas que les nazis reviennent".

Les réfugiés, "je n'ai rien à y gagner", lâche une retraitée du centre-ville, qui préfère garder l'anonymat. "Je ne suis pas xénophobe, mais là, c'était trop".

Pour Thomas Klähn, les gens ici "n'ont souvent aucun contact avec les réfugiés, si on peut établir un contact positif, alors ils peuvent peut-être" changer. (AFP)



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