Le masque d'Enosis des Chypriotes grecs tombe (étude)

En effet quand nous consultons l’histoire politique récente, nous voyons que les Chypriotes grecs ont un rôle essentiel dans la transformation de l’île de Chypre en l’une des régions de crise les plus problématiques du monde

Le masque d'Enosis des Chypriotes grecs tombe (étude)

Le départ du leader chypriote grec, Nikos Anastasiadis, des pourparlers chypriotes à Lefkosa le 15 février en violant les règles de la diplomatie et de la courtoisie, est un événement devant être évalué sous différents angles. Premièrement et le plus important, c’est l’approche inutile et grossier contraire aux règles et la courtoisie diplomatiques qu’adopte le leader chypriote grec et qui déchiffre ainsi la position des Chypriotes grecs dans les pourparlers. Cette situation prouve que les Chypriotes grecs ne cherchent pas à aboutir à une solution juste et équitable à Chypre mais à finaliser l’Enosis (annexion de Chypre à la Grèce) par un « fait-accompli » à l’issue des tactiques de lanternement. En outre, la décision de l’Assemblée chypriote grecque de célébrer l’Enosis dans les écoles chypriotes grecques alors qu’un processus est toujours en cours, ne peut être expliquée par rien d’autre qu’une intention de saboter les pourparlers. Troisièmement, les Chypriotes grecs expriment pour la première fois depuis 50 ans, l’idée de l’Enosis au cours d’une réunion officielle internationale et dévoilent leur vraie intention. Plusieurs points peuvent s’ajouter à cela. Sur lesquels de ses soutiens les Chypriotes grecs comptent dans leur approche démesurée ?

En effet quand nous consultons l’histoire politique récente, nous voyons que les Chypriotes grecs ont un rôle essentiel dans la transformation de l’île de Chypre en l’une des régions de crise les plus problématiques du monde. Plusieurs assertions et analyses pas tellement vraisemblables sur les espoirs d’une solution à Chypre, ont été diffusées dans le pays et à l’étranger après l’arrivée au pouvoir de Nicos Anastasiadis en 2013. Mais quand nous les évaluons selon les archives politiques et diplomatiques de Chypre, nous voyons que la situation n’est pas tellement comme ça. Or tous les leaders chypriotes grecs qui sont arrivés au pouvoir ont suivi sans exception la stratégie de Makarios qui était le premier à systématiser l’idée de l’Enosis. 

En tenant compte des pourparlers à Genève et ceux réalisés plus tard, nous pouvons voir qu’Anastasiadis fait des demandes excessives pour considérer la partie turque inexistante. Nous avons témoigné que les Chypriotes grecs n’étaient favorables à aucun consensus sur le partage de l’administration, du pouvoir et des territoires ainsi que les garanties. Un accord n’a donc pas pu être assuré. Au sujet de la garantie et de la sécurité qui sont des lignes rouges pour la Turquie, les Chypriotes grecs avaient demandé à l’UE d’assumer ces devoirs. Mais qui ferait confiance à l’UE qui a récompensé les Chypriotes grecs et sanctionné les Turcs bien qu’ils aient voté en faveur du plan Annan en 2004. Comment et pourquoi compter sur l’UE ? De plus, combien la garantie des pays européens serait correcte alors qu’ils ont négligé le massacre mené entre 1963 et 1974 contre les Chypriotes turcs ? Alors que l’UE est confrontée à de lourds problèmes politiques et économiques et pendant même que son existence fait l’objet de débat, comment elle pourrait assumer un rôle de garant ? Il n’est pas possible d’accepter l’attribution d’un rôle de garant à l’UE qui n’a même pas tenu ses promesses à l’égard de la Turquie, dernièrement dans le cadre de l’Accord de réadmission.

Mais les réflexions exposées par le leader chypriote grec représentent non pas une nouvelle politique, mais la « diplomatie masquée » qu’avait adoptée Makarios après l’Opération de paix à Chypre. Or en 1960, Makarios qui était le premier président de la République de Chypre unie, a suivi une politique de contrainte et de violence pour faire des Turcs une minorité, mais celle-ci avait fini par un échec grâce à l’intervention de paix de la Turquie. Il avait donc été contraint de développer une nouvelle méthode. Makarios qui avait compris qu’il ne pouvait pas réaliser l’Enosis par la force et la violence, allait essayer d’arriver à son objectif final en utilisant des techniques de « force douce », en prolongeant le processus et en utilisant une diplomatie soutenue par une force internationale (à savoir l’UE qui s’appelait autrefois la Communauté économique européenne). Selon Makarios, un changement de la politique extérieure était essentiel du fait que les Chypriotes grecs étaient plus faibles que les Turcs dans l’équation de la force. Les Chypriotes grecs qui ont obtenu la majorité au fil du  temps par des instruments de force douce comme le blocus économique et une pression diplomatique soutenue par d’autres pays, allaient ainsi pouvoir assimiler les Turcs. C’était une stratégie qui demandait beaucoup de temps et cela pouvait se réaliser sur une plateforme où se trouvent les deux communautés et dans le cadre des paramètres ci-haut repris par Anastasiadis. Toutes ces réalités historiques prouvent que la politique masquée dont Makarios a jeté les fondements, est respectée par le leader chypriote grec actuel. A la différence de Makarios, Anastasiadis manifeste ouvertement cette intention.

Au sujet des territoires, la Turquie avait accepté d’obtenir les 33 des terres en échange d’une paix juste et durable à l’île mais le Premier ministre grec de l’époque avait dit qu’il n’accepterait que les 31%. Mais d’après des informations de la presse, le fait d’avoir évoqué les 29% pour la partie chypriote turque ne servira à rien d’autre qu’à la disparition du fondement historique. Pourtant l’histoire avance et ne recule pas. Si la question consiste à résoudre un problème politique ou diplomatique, le fondement historique revêt alors une importance plus particulière.  Car le fondement de la diplomatie est l’histoire. Les registres existent d’ailleurs dans les archives britanniques et je les ai d’ailleurs étudiés. Vu sous cet angle, on peut parler d’un long parcours à Chypre et d’une partie d’échecs diplomatique difficile.   



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