France/ Présidentielle : François Fillon, un "catholique" à des fins électoralistes?

François Fillon,candidat à l'élection présidentielle se démarque par une forte référence à sa foi catholique

France/ Présidentielle : François Fillon, un "catholique" à des fins électoralistes?

Créant la surprise, au mois de novembre dernier, en remportant la primaire de la droite et devenant son candidat à l'élection présidentielle, François Fillon est la seule figure qui met en avant sa foi chrétienne parmi les hommes politiques en lice pour devenir le prochain locataire de l'Elysée.

L'irruption de la religion catholique dans l'espace politico-médiatique ne passe pas inaperçue dans un pays laïc, tel que la France, et se heurte au "relativisme" de la religiosité de François Fillon, attisant l'indignation des hommes politiques mais aussi des catholiques eux-mêmes.

Avec son opposition constante au mariage pour tous et sa proposition de restreindre l'adoption plénière aux couples hétérosexuels [figurant par ailleurs dans les "quinze mesures phares" de son programme, ndlr], Fillon ne cache pas sa préférence pour un cadre politico-juridique, plus en harmonie avec le catholicisme.

Dans sa "lettre aux évêques", rendue publique en octobre dernier, Fillon proposait, notamment, de "réécrire le droit de la filiation pour figer le principe selon lequel un enfant est toujours le fruit d’un père et d’une mère", tout en confiant lors d'un meeting de la droite, juin dernier, à Aubergenville (région parisienne) qu'il ne pourrait pas "approuver" l'avortement "compte tenu de [sa] foi personnelle".

Ces appels ne passent pas inaperçus auprès des milieux conservateurs en France comme dans le cas de Ludovine de La Rochère, présidente du Mouvement "Manif pour tous", farouche opposant au mariage pour tous, qui s'était félicitée de la victoire de Fillon à la primaire, estimant que ce dernier "formule des propositions concrètes pour la famille".

- Une chrétienté évoquée dans le contexte électoral

L'ancien Premier ministre est monté d'un cran pour évoquer son catholicisme, se présentant le 2 janvier, lors d'une intervention télévisée, comme le candidat "gaulliste" et "chrétien", en guise de sa "marque" de campagne dénuée par ailleurs de slogan.

Les adversaires de Fillon n'ont pas manqué l'occasion pour dénoncer une prise de position qui serait "liée aux élections". Interrogé sur le plateau de la télévision "iTélé", le 4 janvier, sur une instrumentalisation de la religion par Fillon, "à des fins électoralistes", François Bayrou, président du MoDem (Centre) a critiqué les "mélanges déplacés" de ce dernier en matière de politique et de religion.

"Je n’arrive pas à comprendre. Je connais François Fillon depuis longtemps, je ne l’ai jamais vu faire des déclarations de cet ordre, donc ça doit être lié aux élections d’une manière ou d’une autre, à ce qu’on croit être à un corps électoral. (…) Je ne comprends pas qu’on se laisse aller à ce type de dérives, je trouve qu’il faut mettre un terme à ces mélanges déplacés", a-t-il ainsi martelé.

Et Bayrou de renchérir: "Comment peut-on arriver à mélanger la politique et la religion à ce point de cette manière déplacée ? Le principe de la France c’est qu’on ne mélange pas religion et politique".

Henri Guiano, député des Yvelines (Les Républicains) et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, a dit, pour sa part, voir une "faute morale" dans les propos de Fillon, estimant que cette référence à la chrétienté pourrait remettre en cause "la cohésion de la Nation".

"Répondre à une question sur sa foi est une chose. En faire un argument électoral, c'est un problème. On ne peut pas dire qu'on lutte contre le communautarisme et dire qu'on est le candidat des Chrétiens. C'est une faute morale, cela nous entraîne sur un terrain dangereux", a asséné le député jeudi sur la chaîne d'information "LCI".

Les deux hommes politiques étaient encore plus sceptiques vis-à-vis de cette allusion à la foi catholique de Fillon, d'autant plus qu'elle faisait suite à des critiques lancées à son encontre pour son programme jugé "faible" dans son volet social.

Sur le plateau de TF1, Fillon expliquait notamment sa chrétienté comme un aspect de sa personnalité qui lui éviterait de prendre une décision "contraire au respect de la dignité humaine, au respect de la personne, de la solidarité", répondant ainsi à la controverse sur sa réforme du système de santé qui prévoyait, du moins au début, une quasi-dominance des assurances privées complémentaires, sauf en cas d'"affections graves ou de longue durée".

- Un catholicisme "dans le sens du vent"

La religiosité de Fillon n'est, par ailleurs, pas sans contradiction avec les principes du catholicisme et les valeurs défendues par l'Eglise, en particulier sur le système économique.

Il faudra notamment revenir à l'époque où Fillon n'était pas encore candidat et prenait activement part à certains projets de loi qui seraient contraires à la vision du monde de l'Eglise. Sur le sujet de l'avortement, Fillon figure parmi les 27 députés des Républicains [appelé UMP à l'époque], ayant voté favorablement, le 26 novembre 2014, à une proposition de loi du Parti socialiste (PS) "visant à réaffirmer le droit fondamental à l'Interruption Volontaire de Grossesse en France" alors que seulement 151 parlementaires sur 577 y prenaient part.

Fillon avait, par ailleurs, montré son accord au projet de loi "pour l’égalité entre les hommes et les femmes" le 28 janvier 2014, faisant de l'entrave à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) un délit en France.

Finalement, sur le sujet du mariage des couples homosexuels, Fillon prônait une alliance plus poussée que le PACS en 2012, à une époque où le mariage pour tous ne faisait pas l'objet d'un projet de loi dans le pays.

"Je suis favorable à ce que l'on aille beaucoup plus loin que ce qui a été fait aujourd'hui dans ce qui est le PACS et qui pourrait être considérablement amélioré, avec notamment une cérémonie en mairie", déclarait alors le Premier ministre de l'époque sur France 2. Il avait par ailleurs confirmé son accord au mariage entre les personnes de même sexe, indiquant sur RTL, toujours en 2012, "Il y a le mariage entre deux hommes, deux femmes (…) je n’ai pas d’hostilité à cette question-là".

Ces actes et affirmations contradictoires prouveraient, selon Gérard Fretellière, conseiller municipal (Front de gauche) de Sablé-sur-Sarthe, fief électoral de Fillon, que l'ancien Premier ministre irait "dans le sens du vent", plutôt que de suivre les règles d'une telle ou telle idéologie.

"C’est un élu de droite classique, sans excès (...) En conseil municipal, ou en campagne électorale, il n’a jamais mis spécialement sa foi catholique en avant. Il est très représentatif de la petite bourgeoisie provinciale. C’est plus un gestionnaire qu’un idéologue (...) Il a tendance à aller dans le sens du vent. Sur des sujets importants, on l’a vu changer deux ou trois fois d’avis. Un peu comme son mentor en politique, Joël Le Theul, dont il a été l’assistant parlementaire", estimait le conseiller municipal, dans ses déclarations rapportées par le journal "Le Monde".

Patrice de Plunkett, ancien directeur du Figaro Magazine, épingle de son côté Fillon pour sa vision économique en contradiction avec l'Eglise. "Le programme de Fillon, plus encore que celui de Juppé, tourne le dos aux critiques du pape envers le système économique, et contredit ses appels à sortir du néolibéralisme", juge l'essayiste dans un article sur son blog.

- La foi catholique de Fillon, une arme contre l'islam

La référence par Fillon à sa foi catholique lui permet de remettre en cause la place de l'islam en France, dans un contexte sécuritaire hautement fragilisé depuis les attentats terroristes de janvier 2015. Dès le lancement de sa campagne, Fillon n'a pas hésité à évoquer les limites de "l'intégration de la religion musulmane dans la République", publiant septembre dernier un livre intitulé "Vaincre le totalitarisme islamique".

En contrepartie de son "coming-out" catholique, Fillon plaidait pour une adaptation de l'Islam de France aux valeurs françaises, comme atteste sa lettre adressée aux évêques, où il s'engage à agir "pour qu’un Islam de France respectueux de nos valeurs voie le jour".

S'exprimant au Palais des Congrès avant le premier tour de la primaire de la droite, Fillon allait encore plus loin, faisant part de son souhait d'imposer un "strict contrôle administratif du culte musulman tant que son ancrage dans la République ne sera pas achevé".

Le différent positionnement de Fillon vis-à-vis de ces deux religions est également observé dans sa définition de la laïcité, très souple à l'égard du catholicisme et exceptionnellement stricte envers l'Islam.

Dans sa lettre aux évêques, il défendait notamment une vision de la laïcité qui ne serait pas contraire à la liberté religieuse: "Attention, à vouloir faire voter des lois pour durcir encore davantage les règles de la laïcité, nous risquerions de porter atteinte à la liberté religieuse, ce qui n’est pas acceptable à mes yeux", écrivait alors le candidat à la Présidentielle.

En revanche, dans son livre "Faire", Fillon estimait que les Musulmans devraient être "plus compatibles" avec la laïcité en France. "La religion musulmane doit accepter tout ce que le catholicisme a accepté au cours des décennies passées. C'est cela, pour moi, la laïcité. Ce n'est pas imposer aux Musulmans des restrictions vexatoires. Mais ce n'est pas non plus modifier la République pour qu'elle se conforme à l'Islam", notait-il. (AA)



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