Crise de la Livre turque/Des experts tunisiens s'expriment : "Des fondamentaux solides"

En poussant un allié géostratégique et puissant comme la Turquie à se tourner vers l'Est où les dragons émergents pèsent de plus en plus lourd, le président américain se rendra compte trop tard du mal qu'il aura fait à son pays

Crise de la Livre turque/Des experts tunisiens s'expriment : "Des fondamentaux solides"

Les spécialistes tunisiens continuent d'analyser la crise que vient de provoquer Donald Trump en surtaxant les droits de douane sur les produits turcs destinés au marché américain. Et si leurs approches économico-financières diffèrent un peu quant à l'ampleur des effets et des moyens pour y faire face, ils convergent tous vers trois points au moins : l'origine essentiellement politique de l'affaire, sa durée limitée et les atouts économiques à même de permettre à la Turquie de fermer cette parenthèse avec les moindres dégâts possibles. 

Aujourd'hui, c'est M. Ezzeddine SaÏdane, expert réputé en économie, en finances et en gestion de crises, qui a bien voulu apporter son témoignage et son analyse d'expert. 

D'emblée, notre invité affirme que le président américain est mû par une volonté politique de nuire à Ankara et à son économie, beaucoup plus que par son désir de consolider le dollar. "Certes, sa décision répond à un engagement protectionniste et nationaliste électoral. Certes, il s'est dit déterminé à étendre la hausse des tarifs douaniers à d'autres pays et blocs exportateurs vers le marché des Etats Unis, dont des alliés importants (Canada, Mexique, l'Union européenne...en plus de la Chine, la Russie etc), mais la promptitude et l'ampleur de cette mesure en ce qui concerne la Turquie révèle sa volonté d'engager un bras de fer dont l'affaire du Pasteur Brunson n'est qu'un élément insignifiant", dit-il.

Et de continuer qu'au delà de cette dimension politique, Trump a encore une fois fait preuve d'un manque de discernement par une hausse dont, à l'évidence, il n'a pas bien calculé les retombées sur l'économie de son propre pays.

"En effet, cette politique n'aura qu'un effet positif éphémère sur le dollar. A court ou à moyen terme, les exportations américaines vont s'en ressentir. Ce qui est encore plus grave, elle risque fort de ralentir, voire freiner, la croissance de l'économie mondiale dont les Etats Unis représentent 20%, ce qui en fait un -sinon le- grand perdant", a-t-il expliqué. 

Ezzeddine Saïdane va plus loin en avançant que Donald Trump a trop présumé de l'effet qu'allait provoquer le hausse des taxes douanières sur l'économie et la livre turques. Il déclare dans ce sens : "certes, la chute de la monnaie a été spectaculaire, imprévue et elle a sûrement fait mal. Mais on voit qu'elle a entrepris relativement vite une courbe ascendante et cela va continuer jusqu'à une stabilisation confortable, et ce grâce aux fondamentaux solides de l'économie turque : une croissance positive, un système bancaire ouvert et une industrie performante". 

Notre expert analyste ne se montre presque pas inquiet de cette crise, sans toutefois nier qu'elle a secoué le pays. Ecoutons ce qu'il avance à ce propos : "Le marché monétaire ne s'est pas effondré et les taux d'intérêt ont été plus ou moins jugulés, grâce aux fondamentaux économiques dont je parlais. Quant à la livre, c'est sa stabilité qui importe le plus, ce qui ne saurait tarder".

Et de préciser que l'économie turque aurait tout à gagner, si cette monnaie se stabilisait à un cours inférieur à celui initial, car cela boosterait beaucoup l'exportation, limiterait les importations, désormais plus chères, ce qui donnerait des couleurs à la balance commerciale. 

Notre invité préconise également une sensibilisation souple pour que les gens ne se ruent pas vers l'achat des devises et un effort national d'investissement conséquent, public et surtout privé, "afin de rassurer les investisseurs étrangers et en attirer d'autres", dit-il.

Et de conclure en revenant à ce qu'il qualifie de "niaiserie" de Donald Trump : "En poussant un allié géostratégique et puissant comme la Turquie à se tourner vers l'Est où les dragons émergents pèsent de plus en plus lourd -ce qu'elle ne manquera de faire d'une façon claire, si les différends persistent-, le président américain se rendra compte trop tard du mal qu'il aura fait à son pays, à son économie et à sa stature dans le monde, aussi fort et aussi indispensable que soit aujourd'hui et encore plus longtemps le dollar".AA



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