Crise de la livre turque/Des experts tunisiens s'expriment- Sophien Bennaceur : "Brume d'été"

Ce jongleur des finances ne cache pas son admiration pour le modèle économique turc qui, grâce à un capital humain, institutionnel et monétaire propre, soutenu par une formidable machine de production, a hissé le pays au rang de leader régional

Crise de la livre turque/Des experts tunisiens s'expriment- Sophien Bennaceur : "Brume d'été"

Au delà de ses promesses électorales et de son slogan «America first» (l'Amérique d'abord», le président américain veut, à l'évidence, que l'ensemble des partenaires commerciaux se plient à la volonté, non pas de l'Amérique, mais à la sienne propre.

En abusant de son droit de taxer et de surtaxer les produits importés par les Etats-Unis, à sa guise et selon son sentiment vis à vis de tel pays et de tel autre, il cherche à tordre le bras à tous, surtout à ceux qui s'élèvent contre ses désirs hégémoniques, à les amener à de nouvelles négociations où il défendrait, certes, ce qu'il croit être les intérêts de son pays, mais il en profiterait également pour satisfaire un ego démesuré et prendre une revanche sur le monde qui n'a de cesse de le narguer et de le railler. Et tant pis pour les relations traditionnelles d'amitié ou même d'alliance d'hier, qu'il n'hésite pas à balayer d'un revers de main.

A la Chine, l'Europe, le Canada..., il a adressé des messages, souvent clairs, dans ce sens faisant succéder aux menaces des passages à l'acte, comme il l'a fait pour la Turquie, dont les taxes des produits exportés vers les États-Unis (acier, aluminium et produits finis, notamment) ont flambé atteignant les 35%.

La livre turque s'en est assurément ressentie, mais de nombreux experts tunisiens de grande réputation affirment que cela ne saurait durer, s'accordant à dire que les fondamentaux de l'économie turque, associés aux atouts géostratégiques du pays, auront relativement vite raison de cette parenthèse difficile.

Dans la mini-série que nous proposons nous céderons la parole à trois éminences des finances et de l'économie en Tunisie qui nous exposeront, à tour de rôle, leurs avis sur les tenants et les aboutissants de cette crise, sur ses effets les moyens d'en sortir.

Nous commencerons avec Sophien Bennaceur, P-DG d'un fort réputé bureau d'études et de conseil en fin tech et en gestion de crise à Wall Street et, par ailleurs, candidat à la dernière et à la prochaine présidentielles.

Ce jongleur des finances ne cache pas son admiration pour le modèle économique turc qui, grâce à un capital humain, institutionnel et monétaire propre, soutenu par une formidable machine de production, a en quelques années hissé le pays au rang de leader régional et de 14ème puissance économique mondiale.

L'erreur stratégique de Trump.

Pour lui, La décision du locataire de la Maison Blanche de surtaxer l'importation des produits turcs (idem pour d'autres pays) est une erreur à multidimensionnelle. "Cette mesure "nationaliste protectionniste" qui constitue une promesse électorale, ne servira pas l'économie américaine. En effet, en voulant renforcer le dollar, Trump s'installe dans l'immédiat, puisqu'il est clair qu'à terme, il handicapera les exportations et grèvera l'économie de marché qui a fait la richesse des Etats Unis", dit M. Ben Naceur.

Et de continuer qu'en ne peut pas se mettre à dos un partenaire comme la Turquie, cette pierre angulaire de l'OTAN qui a l'avantage d'être un relais entre l'Est et l'Ouest et qui est, de surcroît, dotée d'un énorme potentiel économique, financier et militaire. "C'est pourquoi j'affirme qu'à l'origine, le problème entre Ankara et Washington est d'ordre politique et qu'il est nécessaire pour les deux parties de revisiter, afin de les réajuster, les rapports politico-économiques, si elles veulent d'un dialogue positif", explique-t-il.

Cela veut-il dire que l'économie et la livre turques dépendent de la bonne volonté américaine? "Nullement, s'empresse de répondre notre interlocuteur, avant d'ajouter : "s'il est vrai qu'on ne peut pas occulter le plus grand marché de consommation, la Turquie a assez de ressources pour créer de nouveaux projets générateurs de richesses et elle peut compter sur des fondamentaux économiques solides et sur un système bancaire ouvert. Elle va également et sûrement se tourner davantage vers les pays environnants où les vastes marchés offrent des opportunités alléchantes d'échanges et de partenariat commerciaux.

Je pense franchement que l'élaboration d'une stratégie économique asiatique est possible, et où la Turquie pourrait jouer le rôle de leader".

Mais s'il reconnaît l'efficience de l'économie réelle et de la machine de production turques, Sophien Bennaceur pense qu'il faut les compléter par une modernisation, voire une restructuration, du monétaire.

"J'entends par là une bourse plus globalisante, une ouverture plus importante sur les investissements étrangers, une meilleure prospection des marchés monétaires, importants, davantage d'indépendance à la Banque Centrale qu'on gagnerait à détacher des banques commerciales et autres et de son rôle d'assureur.

Tout cela apporterait une nouvelle dynamique financière à même de prévenir et de résister aux crises conjoncturelles", dit-il.

Quant à la livre, notre expert est catégorique : "elle continuera sa remontée pour se stabiliser bientôt autour de sa valeur initiale. Je prévois que cela se fera dans les six mois".AA



SUR LE MEME SUJET